Dans un panel universitaire comme en audience avec le capitaine Ibrahim Traoré, l’ancien président sud-africain a affiché des convictions révolutionnaires au Burkina Faso. Et a lancé un appel à la souveraineté.
La confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) serait-elle en passe de devenir un lieu de pèlerinage pour anciens dirigeants africains en quête de renaissance médiatique, voire de nouvelle virginité politique ? Quelques jours après que Laurent Gbagbo a annoncé son intention de rendre visite aux régimes issus des putschs de 2020, 2022 et 2023, Jacob Zuma, octogénaire lui aussi, vient de fouler le sol du Burkina Faso. L’ancien président sud-africain a profité de la venue d’une délégation d’afrodescendants au pays des Hommes intègres pour intervenir publiquement et user d’une rhétorique plutôt tendance.
Mobilisant sans vergogne son passé de compagnon de route de Nelson Mandela, Jacob Zuma a choisi de ne pas s’étendre sur le mode de gouvernance qui a été le sien lorsqu’il était au pouvoir. Toujours à l’aise en public, le Sud-Africain a préféré dérouler des idées tranchées. C’était à l’Université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou, le 1er novembre, lors d’échanges sur les crimes économiques commis contre le continent et leurs répercussions sur le développement.
Liberté formelle ou réelle
Jacob Zuma a évoqué « des Occidentaux » qui soumettent à des « chantages » des Africains qui, eux, tendent à se « détruire mutuellement ». A posteriori, l’ancien chef d’État sud-africain constate l’échec des mouvements de libération qui n’obtiennent, au fil de l’Histoire, qu’une liberté qualifiée de purement « formelle ». Au risque d’enfoncer une porte ouverte, celui que l’on surnomme Chat à neuf vies a aussi affirmé que « l’Afrique appar[tenait] aux Africains », que les clauses des indépendances avaient été défavorables au continent et qu’il fallait établir des mécanismes de réparation pour les torts subis.
Opportunisme ou pas, ce discours sur la liberté factice entre en résonance avec la rhétorique du régime burkinabè actuel. La Révolution progressiste et populaire (RPP) théorisée par Ibrahim Traoré reprend le fil de la révolution voltaïque puis burkinabè des années 1980, arguant que la véritable indépendance n’est pas encore acquise du fait du néocolonialisme manipulateur de « valets locaux ».
« Trop, c’est trop »
Zuma ne pouvait manquer de rencontrer le 3 novembre le chef de l’État burkinabè, dont il a salué la « remarquable » lutte en faveur de la souveraineté. « Je pense que ce pays accomplit quelque chose de remarquable. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu rencontrer le président, pour discuter avec lui et envisager ce que nous pouvons faire ensemble afin de poursuivre la lutte pour la libération de l’Afrique. » Et de préciser que « maintenant, trop c’est trop », et qu’il en « est fini » de la mentalité coloniale à l’égard des richesses africaines.
La carrière de Jacob Zuma a été émaillée de polémiques aussi nombreuses que régulières. Menacé de destitution par le Congrès national africain (ANC), il avait dû écourter son mandat à la présidence de la République. Accusé d’agressions sexuelles, de corruption et de dégradation de la situation économique de l’Afrique du Sud, il est même passé par la case prison pour outrage à la justice. Après une libération pour raisons médicales, il a été exclu du parti de Mandela et est allé fonder l’Umkhonto we Sizwe (MK).
