À Yaoundé, tout est prêt pour la cérémonie d’investiture. Les drapeaux flottent un peu partout, la capitale est sous haute sécurité. Ce jeudi 6 novembre 2025, en milieu de journée, Paul Biya prêtera serment à l’Assemblée nationale, devant le Parlement réuni et de nombreuses personnalités.
Pour Shanda Tonme, le président du Mouvement Populaire pour le Dialogue et la Réconciliation, ce 6 novembre ne marque pas simplement le début d’un nouveau mandat… mais une nouvelle page d’un demi-siècle d’histoire politique qui s’écrit.
« Son premier contact avec la magistrature suprême date du 6 novembre 1982. C’est devenu une date emblématique non seulement dans son histoire personnelle mais aussi dans la mémoire et l’histoire politique du Cameroun », explique-t-il au micro de la DW.
« Paul Biya est le produit de cette coexistence pacifique, de la coopération et de la collaboration entre les diversités du pays. Même si on peut déplorer la crise dans les deux régions anglophones, crise que je n’attribue pas forcément à des raisons politiques.”
Quarante-trois ans après
Le 6 novembre 1982, Paul Biya, alors Premier ministre, succédait à Ahmadou Ahidjo, premier président du Cameroun indépendant. C’était le début d’une ère nouvelle, et d’une continuité politique ininterrompue depuis plus de quarante ans.
L’avis de Shanda Tonme n’est pas partagé par tous et cette nouvelle investiture est loin de faire l’unanimité.
Issa Tchiroma Bakary, candidat du FSNC lors de la dernière élection, conteste la victoire du président sortant. À Garoua, la capitale du Nord, certains partisans de l’opposant comme Koyang Amos dénoncent des irrégularités lors du scrutin d’octobre et réclament la reconnaissance de la victoire de leur candidat.
« Quarante-trois ans pour une seule personne, c’est trop. Il a pris le pouvoir quand j’avais 10 ans, aujourd’hui j’en ai 53. Je ne vois rien, je ne connais rien, et pourtant nous sommes dans le même pays. Est-ce normal ? On veut le changement, pas la guerre. Pardon, remettez la victoire à Tchiroma », demande-t-il.
Une élection au résultat contesté
La victoire annoncée de Paul Biya à la dernière présidentielle, après 43 ans à la tête du pays, continue de faire débat. Pourtant, pour Éric Leonel Loumou, conseiller en stratégie politique, la longévité du président au pouvoir incarne pour beaucoup de Camerounais un gage de stabilité – malgré les nombreux défis et les attentes toujours fortes.
« Au vu de la candidature de Tchiroma Bakary, et des différentes crises qui ont marqué le précédent mandat, on a l’impression que c’était un septennat de crises – mais des crises maîtrisées. La méthode s’épuise peut-être, mais elle ne rompt pas. Le président Paul Biya tient encore le bon bout », assure-t-il.
Entre loyauté et lassitude, ferveur et espoir, cette huitième investiture marque une nouvelle étape du long règne de Paul Biya – et, pour de nombreux Camerounais, le rêve toujours d’un véritable renouveau.
