Confronté aux critiques portant sur la lenteur de l’appareil judiciaire sénégalais, Cheikh Ba, le président de l’Union des magistrats, pointe le manque chronique de personnel et appelle à une réforme aussi profonde qu’urgente du secteur.
Les rapports entre l’institution judiciaire sénégalaise et le tandem Bassirou Diomaye Faye–Ousmane Sonko n’ont jamais été un long fleuve tranquille. En janvier 2024, Sonko a été condamné à six mois de prison avec sursis pour diffamation envers l’ancien ministre du tourisme Mame Mbaye Niang, sentence qui lui vaudra l’inéligibilité à la présidentielle. Diomaye, lui, avait été inquiété en avril 2023 pour « diffusion de fausse nouvelle, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué ».
Le 8 novembre, le désormais Premier ministre a tenu à affirmer, lors d’un térameeting, que la justice n’appartenait pas aux seuls magistrats, mais au peuple sénégalais tout entier. Le leader des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) a jugé qu’« il est temps de faire un nettoyage » dans une institution au sein de laquelle, pour certains, « le seul problème s’appelle Ousmane Sonko ».
Une justice sénégalaise « submergée »
Le président de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS) a-t-il voulu répondre au Premier ministre ? Dans l’entretien qu’il a accordé le 16 novembre à la Radio télévision nationale sénégalaise (RTS), Cheikh Ba n’est pas revenu sur les suspicions de manque d’indépendance de l’appareil judiciaire. Il a cependant dénoncé l’ampleur du manque de moyens, pour répondre à l’autre critique récurrente : la lenteur des procédures. Pour lui, si « le principe de célérité » est « violé », c’est que « la justice est submergée ».
Et Cheikh Ba de donner des chiffres éloquents : le Sénégal dispose seulement de 546 magistrats pour 18 millions d’habitants. Et, alors que le président de l’Union des magistrats recommande deux greffiers par magistrat, le pays n’en compte que 550 au total, soit moitié moins que ce qu’il juge nécessaire. En outre, les cabinets d’instruction seraient en surchauffe avec, parfois, 500 ou 600 dossiers en cours d’examen…
Cheikh Ba a également évoqué la surpopulation carcérale, indiquant que les prisons sénégalaises abritent trois fois plus de détenus que leurs capacités d’accueil et qu’aucun nouvel établissement pénitentiaire n’a été construit depuis l’indépendance. L’Union des magistrats appelle donc à une réforme urgente de la justice, qui rimerait avec une augmentation des budgets.
