À Goma, depuis la chute de la ville entre les mains des rebelles de l’AFC-M23, l’aéroport international reste figé derrière sa clôture scellée. Ce n’est pas seulement le trafic aérien qui s’est arrêté, ce sont aussi des centaines de personnes qui ont perdu leur unique source de revenus.
Les bagagistes, commerçants, agents d’assistance ou petits vendeurs tentent de survivre dans une ville où l’économie informelle s’effondre.
Samedi dernier, le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23 ont pourtant signé huit protocoles, dont celui sur la cogestion des zones encore contrôlées par les rebelles. Kinshasa a annoncé, dans la foulée, la réouverture de l’aéroport avant la fin de l’année.
Mais pour l’instant, l’AFC-M23 s’oppose à cette annonce.
Entre les deux camps, Philemon Ruzinge, défenseur des droits humains, décrit une situation devenue un véritable blocage. Pour lui, le désaccord autour de la réouverture illustre la lutte d’influence qui persiste, malgré l’accord de Doha.
« Cette population a envie de voir l’avion sur le tarmac. Il faut occuper ces mamans et ces jeunes qui faisaient leur business à l’aéroport. C’est une lueur d’espoir pour la population de Goma… Du côté du M23, ça ne marche pas parce qu’il s’oppose aux aides humanitaires que Kinshasa et la France sont en train de mettre en place pour la réouverture de l’aéroport. Parce que pour le M23, ouvrir les banques est plus urgent qu’ouvrir l’aéroport. Alors, on ne sait pas qui dit mieux, mais c’est la population qui est perdante dans cette affaire », estime Philemon Ruzinge.
Le désarroi des habitants
Sur le terrain, c’est le désarroi. Parmi ceux qui ont perdu leur travail, Francis Heri, 28 ans, s’est retrouvé sans ressources. Il a trouvé des petits boulots pour vivre, mais son quotidien reste tendu.
« Je travaillais dans le secteur de l’aviation, au sein d’une compagnie nationale. Maintenant, ça va faire dix mois que nous sommes au chômage, en raison de la fermeture de l’aéroport de Goma. Notre souhait serait que les activités aéroportuaires rouvrent et que toutes les activités soient opérationnelles comme avant. Parce que là, pour survivre à cette situation, nous sommes obligés de fournir quatre fois plus d’efforts pour gagner ce qu’on gagnait avant », dit Francis.
Dans ce contexte de crispation entre Kinshasa et les rebelles de l’AFC-M23, la réouverture de l’aéroport, qui aurait dû symboliser la relance économique, se transforme en nouveau champ de confrontation politique.
Les discussions à venir devront trancher sur le calendrier et les mécanismes d’un retour progressif des activités, en impliquant les autorités légales, coutumières et les acteurs locaux.
