En Europe, des campagnes de haine contre les femmes
On les traite de mauvaises mères, on critique leur apparence physique, on les menace de violence. Les femmes responsables politiques sont encore plus visées par la haine que les hommes. Beaucoup d’entre elles renoncent à leur carrière.
La Suède est un pays considéré comme progressiste sur l’égalité entre les sexes. C’est elle, justement, qui alerte : l’Autorité suédoise pour l’égalité a constaté une augmentation spectaculaire de la haine, des menaces et du harcèlement contre les femmes politiques.
De plus en plus de femmes se retirent de la vie publique ou pratiquent l’autocensure pour se protéger, rapporte le journal britannique « The Guardian » en se référant à l’Autorité suédoise, selon laquelle il existe un « grand danger pour la démocratie ».
Des exemples en Suède, en Allemagne…
En octobre déjà, la sécurité des femmes en politique était à nouveau au centre des préoccupations du pays scandinave : Anna-Karin Hatt avait démissionné de son poste de présidente du parti centriste après seulement cinq mois.
Elle avait invoqué la haine et les menaces dont elle avait été victime pour expliquer son choix.
Trois ans auparavant, un meurtre politique avait profondément ébranlé la Suède : un homme de 33 ans avait poignardé Ing-Marie Wieselgren, coordinatrice de la psychiatrie pour les communes et les régions suédoises, en plein meeting politique.
L’enquête a révélé qu’il avait également l’intention d’assassiner Annie Lööf, alors présidente du parti centriste. L’homme a été condamné pour meurtre et préparation d’un acte terroriste.
En Allemagne, les démissions de la politicienne des Verts, Tessa Ganserer, et de la vice-présidente du Bundestag, Yvonne Magwas (CDU), ont récemment fait la une des journaux. Toutes deux ont également affirmé démissionner en raison de l’hostilité et de véritables campagnes de dénigrement dirigées contre elles.
Un quart des femmes envisagent d’arrêter
De nombreuses études indiquent que dans d’autres pays européens, aussi, les femmes occupant des postes importants sont particulièrement exposées au harcèlement.
Aux Pays-Bas, par exemple, l’ancienne ministre des Finances et vice-première ministre, Sigrid Kaag, s’est retirée de la vie politique nationale après avoir été menacée de violence à plusieurs reprises, elle et sa famille.
Certes, la haine touche aussi certains hommes qui sont des personnages publics, mais la forme et l’ampleur de l’animosité qu’ils endurent diffèrent. Le service de conseil à but non lucratif HateAid, dont le siège est à Berlin, a interrogé l’année dernière, en collaboration avec l’Université technique de Munich, 1.114 personnes qui travaillent par exemple dans la politique, la science ou les médias.
Selon les indications de HateAid, les résultats ne sont pas représentatifs, mais ils permettent d’esquisser un tableau de la situation.
Appels nocturnes et harcèlement
Selon ce rapport, près d’un quart des femmes interrogées ont déclaré avoir reçu des menaces de violence sexuelle, comme le viol, soit presque huit fois plus que leurs collègues masculins (3 %). En outre, plus de deux tiers des femmes concernées ont fait état de violences liées au genre, comme le sexisme et la misogynie.
Quelques exemples tirés de l’étude, dont les citatrices ont souhaité rester anonymes, donnent une idée : « Je reçois des appels la nuit avec un numéro masqué » (politicienne communale) ; « Le plus souvent, cela vise mon apparence : mon poids, ma coiffure » (politicienne régionale) ; « Des photos de moi prises lors de manifestations ont été publiées avec un appel à me tuer » (journaliste).
D’autres encore parlent de harceleurs, c’est-à-dire de personnes qui les suivent et les harcèlent de manière répétée.
Les femmes modifient leur comportement
Selon HateAid, beaucoup plus de femmes concernées (66 %) ont limité leur utilisation des médias sociaux après avoir subi des violences numériques. Chez les hommes, ce chiffre était de 53 %. Elles ont adapté leur ton et leur contenu, ont envisagé de réduire leurs apparitions publiques ou même de prendre un congé de leur travail politique, indique le rapport.
La même conclusion est tirée au niveau de l’Union européenne. Dans un briefing publié fin novembre 2025, le Parlement européen écrit que les femmes sont toujours sous-représentées dans les pays de l’UE, à tous les niveaux de la prise de décision politique et dans les partis politiques.
Les causes de cette situation sont complexes, mais une raison se distingue particulièrement : la violence à l’encontre des femmes actives en politique dissuade beaucoup d’entre elles de s’engager.
Du sexisme et du racisme aussi
L’organisation à but non lucratif EAF Berlin a également consacré une analyse à ce sujet et n’a pas seulement regardé l’Allemagne, mais aussi la République tchèque, la Hongrie, l’Irlande et la Slovaquie.
« Les jeunes femmes de moins de 40 ans, les femmes de couleur ou les femmes issues de l’immigration sont particulièrement touchées, car elles sont souvent victimes non seulement de sexisme, mais aussi de racisme ou d’hostilité en raison de leur âge et de leur expérience et compétences (supposées) », a déclaré à la DW Sarah Robinson, experte senior Gender& Politics chez EAF Berlin.
Un problème de leur point de vue : la violence sexiste à l’encontre des femmes politiques n’est pas reconnue de manière autonome par les systèmes juridiques respectifs étudiés. Une directive européenne exige pourtant, d’ici 2027, « la mise en œuvre cohérente de mesures de prévention et de protection des femmes dans la vie publique – comme les femmes politiques, les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme – car elles sont particulièrement vulnérables ».
Par exemple, les adresses privées devraient être mieux protégées. Il manque également des services de conseil à certains endroits, notamment au niveau communal.
La haine et la violence ne devraient pas être acceptées comme faisant « partie du travail ‘politique' », déclare Sarah Robinson. « Nous toutes, ne devrions pas non plus accepter comme normal le fait d’être attaquées pour notre engagement en faveur de la société ».
