Les Tchadiens considèrent souvent la justice comme l’une des institutions les plus corrompues du pays. Parmi les affaires les plus récentes, il y a la poursuite de cinq officiers supérieurs de l’armée dans une affaire de tentative de corruption d’un juge d’instruction, ainsi que la suspension de six magistrats par le ministre de la Justice, encore une fois dans une affaire de corruption et pour des absences répétées à leur poste.
Pour maître Doudjimsengar Tatolnan, greffier en chef au Tribunal de grande instance de N’Djamena, ces affaires ne font qu’éroder encore plus la confiance du public envers la justice.
« Il y a un manque de confiance envers la justice, c’est pourquoi les citoyens préfèrent régler leurs affaires auprès des commissariats et des brigades. Car la justice n’est plus un lieu d’abri. Elle est devenue un refuge pour les gangsters et les arnaqueurs. La corruption, dont il est question dans le milieu judiciaire, existe véritablement. Comment un juge d’instruction peut-il négocier un dossier dans le but d’arnaquer les gens et de prendre de l’argent ? Ce n’est plus de la justice. Mais soyons sincères, ce ne sont pas seulement les magistrats qui pratiquent la corruption. Il y a aussi des avocats qui sont des acteurs principaux de la corruption, ainsi que des huissiers, des greffiers et des notaires. L’ensemble du corps judiciaire doit être réformé. »
Ce que fait l’État
Face à l’ampleur de la corruption dans la justice, plusieurs personnalités, dont l’actuel ministre de la Justice, Youssouf Tom, ont mis en place une structure dénommée le Centre d’action anticorruption. Hamane Bouba Wabang, qui préside cette organisation, évoque quelques actions qu’il prévoit de mener pour restaurer l’intégrité du système judiciaire :
« Nous, ambassadeurs anticorruption, proposons les actions suivantes à entreprendre dans le futur : sensibiliser et éduquer les populations tchadiennes sur le fléau de la corruption dans le milieu judiciaire et ses conséquences, faire remonter les informations ou les doléances des citoyens jusqu’aux autorités compétentes en charge de la justice et agir par écrit pour signaler les actes de corruption dans les services judiciaires aux autorités compétentes. »
Certains acteurs dénoncent également l’influence politique qui entrave l’indépendance de la justice, malgré l’existence de textes anticorruption.
