Dans une salle pleine à craquer, le président rwandais Paul Kagame a pris la parole ce jeudi. C’était lors de la prestation de serment des nouveaux ministres de son gouvernement. Il a saisi cette tribune pour répondre. Sa cible : les critiques internationales qui fusent après la prise violente d’Uvira, en RDC, par l’AFC/M23.
Pour Kagame, la crise actuelle dans l’Est congolais n’a pas commencé le 10 décembre. Elle serait bien antérieure à la signature de l’accord du 4 décembre, parrainé par les États-Unis. « Ce problème vient de chez nos voisins. Il a une histoire, une politique, et comporte beaucoup de choses qui ne sont pas claires », a-t-il avancé.
Une contre-accusation : 20 000 soldats burundais en RDC
Le cœur de son argumentation a consisté à déplacer le projecteur. Loin des actions du M23, qu’il ne nomme d’ailleurs pas directement, il l’a braqué sur le Burundi.
Le président rwandais a lancé une accusation chiffrée. Il affirme que « plus de 20 000 » militaires burundais opèrent sur le territoire congolais. Leur déploiement irait de Minembwe et Kalemie jusqu’à Kindu, Walikale et la région de Kisangani.
C’est dans ce cadre, selon sa narration, qu’il faut comprendre les événements d’Uvira. Il a justifié l’avancée des rebelles par un impératif humanitaire : protéger la communauté banyamulenge.
« Les gens ont crié au secours, mais personne n’est venu les aider », a-t-il plaidé, évoquant un sentiment d’abandon international. Cette rhétorique fait de l’offensive non pas une violation de l’accord, mais une réponse à une urgence sécuritaire et humaine préexistante.
Kagame a conclu son intervention sur un rappel poignant de l’histoire récente du Rwanda. Il a enveloppé son discours dans un plaidoyer pour la paix, qu’il présente comme la valeur suprême de son pays.
« Nous avons besoin de la paix. Je ne pense pas que quelqu’un désire la paix plus que le Rwanda », a-t-il affirmé. « Parce que nous savons ce que l’absence de paix signifie. Nous l’avons vécu et nous comprenons son coût lourd — y compris la perte de vies humaines. »
Ce discours stratégique opère un renversement complet. Paul Kagame ne se présente pas comme le partie qui escalade le conflit. Il se dépeint en leader d’un pays stable, contraint de faire face à l’instabilité exportée par ses voisins et lâché par une communauté internationale silencieuse.
Alors que les bilans humains à Uvira s’alourdissent, cette narration vise à complexifier le récit dominant et à offrir une justification politique aux événements militaires qui secouent la région des Grands Lacs.
