Réunis en sommet à Bamako, les trois chefs d’État ont affiché leur unité, et annoncé une série de mesures visant à renforcer l’intégration militaire, financière et médiatique au sein de l’espace sahélien.
C’était un sommet attendu de longue date. Le second qui voyait les trois chefs d’État de la Confédération sahélienne se réunir pour dresser un état des lieux des progrès réalisés depuis le lancement de l’Alliance des États du Sahel (AES), et, surtout, dessiner la feuille de route des très nombreux chantiers qu’il reste à accomplir pour que les promesses se traduisent en actes.
Il aura démarré sur une note discordante, provoquée par l’arrivée différée d’Ibrahim Traoré. Attendu lundi 22 décembre, le capitaine burkinabè n’est arrivé que le lendemain dans la matinée. Un changement de programme sur lequel les officiels ne se sont que peu étendus, mais qui est le signe de tensions latentes au sein du trio à la tête de l’AES, comme Jeune Afrique l’a révélé ce mardi.
À ces frictions au sommet s’est ajouté, lundi, l’appel lancé depuis Alger par l’imam Dicko, qui a enjoint les Maliens à rejoindre la Coalition des forces pour la République (CFR). « Je lance un appel à tous : levez-vous, réunissons-nous […] pour que la situation actuelle dans notre pays prenne fin », a notamment déclaré l’opposant en exil dans un message vidéo publié sur les réseaux sociaux.
Malgré ces frictions, Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traoré ont affiché, mardi, l’image d’une entente parfaite, enchaînant discours et inaugurations. À l’issue de cette journée, comme convenu entre les trois chefs d’État lors du précédent sommet, c’est Ibrahim Traoré qui a été désigné pour prendre la succession d’Assimi Goïta au poste de président de la Confédération.
• Ibrahim Traoré succède à Assimi Goïta
C’est Abdoulaye Diop, ministre malien des Affaires étrangères, qui a lu le communiqué final, sous le regard des trois chefs d’État, devant une salle entièrement acquise. Il a notamment « salué le leadership du général Assimi Goïta dans la mise en œuvre diligente des conclusions de la première session, tenue le 6 juillet 2024, à Niamey », et a souligné que les présidents des trois pays avaient « fermement condamné les tentatives ignobles et vaines de déstabilisation des pays de la Confédération par des terroristes soutenus par des sponsors étatiques étrangers, y compris certains pays de la région ».
Réaffirmant leur volonté de faire de l’AES une « entité géopolitique qui compte dans la région et au-delà », Abdoulaye Diop a ensuite annoncé que le capitaine Ibrahim Traoré avait été désigné pour « assurer la présidence de la Confédération des États du Sahel pour une durée d’un an ». Une annonce accueillie par une salve d’applaudissements.
• Une télévision de l’AES, pour l’AES
C’est le premier acte posé lors de ce second sommet des chefs d’État de la Confédération AES. Les trois hommes ont notamment procédé à l’inauguration de la Télévision de l’AES, ce mardi 23 décembre, à Bamako.
Installée dans la zone aéroportuaire, au sein de l’ancien bâtiment de la Société malienne de transmission et de diffusion, la chaîne de l’AES se veut un levier stratégique de communication institutionnelle et d’intégration régionale. Selon le Centre d’information gouvernementale du Mali (Cigma), Télé AES a pour mission de « promouvoir les valeurs de solidarité, de souveraineté et de résilience », de diffuser une information « fiable et équilibrée » et de « valoriser les politiques publiques confédérales », tout en « renforçant la cohésion entre les peuples » de l’espace AES.
Disponible sur le bouquet Canal+ Afrique, elle vient compléter le dispositif médiatique de l’AES aux côtés, notamment, de la radio Daandè Liptako, basée à Ouagadougou. La chaîne est dirigée par Salif Sanogo, ancien directeur général de l’ORTM, la télévision nationale malienne.
• Une Banque confédérale pour financer le développement
Les trois chefs d’État ont ensuite inauguré les nouveaux locaux de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement de l’AES (BCID-AES), coupant chacun d’un coup de ciseaux le bandeau barrant l’entrée du bâtiment tout en verre.
Les coffres de cette nouvelle institution financière devraient accueillir un capital initial de 500 milliards de F CFA (environ 762 millions d’euros). Il servira, selon le communiqué de l’AES, à « la promotion et le financement de projets structurants dans les secteurs stratégiques » des trois États, notamment dans les domaines du transport, de l’agriculture, de l’énergie et des nouvelles technologies.
« L’objectif est d’utiliser l’argent public pour stimuler l’investissement privé et promouvoir une croissance durable », analyse l’économiste Modibo Mao Makalou dans les colonnes du quotidien malien L’Essor. « La banque publique d’investissement ne doit pas se substituer à l’investissement privé, mais plutôt agir comme un catalyseur, en permettant à l’investissement privé de se déployer dans des secteurs clés où il est moins enclin à s’engager. »
• Une Force unifiée face aux jihadistes
C’est à la veille du sommet, samedi 20 décembre à Bamako, que s’est tenue la cérémonie de remise de l’Étendard à la Force unifiée de l’AES (FU-AES), symbolisant la création officielle de cette structure militaire conjointe.
Cette nouvelle force devra réunir à terme 5 000 soldats issus des trois pays sahéliens et mettre en commun les ressources militaires afin de combattre la propagation de la menace jihadiste. Elle a déjà été déployée plusieurs fois depuis 2024, dans le cadre des opérations Yéroko 1 et 2, et a été placée sous la direction du général malien Daouda Traoré.
Lors de la cérémonie, présidée par Assimi Goïta en l’absence de ses homologues nigérien et burkinabè, des troupes issus des trois armées ont défilé au son du clairon, paradant devant une vingtaine de véhicules blindés flambant neufs, des VP14 couleur sable du fabricant chinois Norinco, sur lesquels a été apposé l’emblème vert et rouge de l’AES. Une nouvelle unité militaire malienne, le Bataillon d’intervention rapide (BIR) composé de soldats se déplaçant à moto, a été présentée au public lors de cette passation des couleurs. Calqués sur les BRI burkinabè et sur les anciennes Unités légères de reconnaissance et d’intervention (Ulri) maliennes, ces nouveaux bataillons doivent permettre de répondre à l’extrême mobilité des groupes armés terroristes, qui se déplacent souvent en deux-roues.
