NON-RECONNAISSANCE JURIDIQUE ET RETARD DE L’ORDRE :Une loi obsolète a l’origine de l’illégalité des sages-femmes au Sénégal
La non-reconnaissance juridique des sages-femmes et le retard persistant dans l’application de la loi portant création de leur Ordre ont été au centre d’un débat organisé par l’Association des journalistes en santé, développement et population (AJSDP), en partenariat avec l’Association nationale des sages-femmes d’État du Sénégal (ANSFES). Le journal rappelle que l’amélioration de la Santé Maternelle, Néonatale et Infantile (SMNI) constitue une priorité nationale au Sénégal. Dans ce cadre, les sages-femmes occupent une place stratégique en tant que pilier des soins de santé sexuelle et reproductive (SSR) et acteurs clés dans l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) liés à la santé. Pourtant, malgré ce rôle fondamental, la profession demeure insuffisamment reconnue sur le plan juridique.
Pour la magistrate Aissatou Kanté Faye, membre du pool judiciaire financier et de l’Association des juristes du Sénégal, l’un des principaux blocages réside dans la loi de 1966, toujours en vigueur. « Cette loi ne reconnaît pas le véritable statut des sages-femmes. Elle les assimile à de simples aides des médecins, alors que leur rôle et leurs compétences ont profondément évolué », a-t-elle expliqué. Selon elle, tant que ce texte n’est pas réformé, les sages-femmes continueront de travailler dans un cadre d’illégalité juridique, sans réelle protection professionnelle. Une situation qui les expose, fragilise leur autonomie et limite la reconnaissance de leurs responsabilités dans la prise en charge des femmes et des nouveau-nés. « ça fait mal de travailler dans illégalité . Alors que notre métier est primordial dans le système sanitaire particulièrement santé maternelle, néonatale et infantile » regrette Bigué Bâ Mbodj, présidente de l’Association nationale des sages-femmes d’État du Sénégal.
Au-delà de cette loi jugée obsolète, le débat a également porté sur le retard dans l’application de la loi portant création de l’Ordre des sages-femmes et maïeuticiens, adoptée depuis 2017. Huit ans plus tard, le décret d’application se fait toujours attendre, empêchant l’opérationnalisation effective de l’Ordre.Pour Bigué Bâ Mbodj, présidente de l’Association nationale des sages-femmes d’État du Sénégal, la responsabilité incombe clairement aux autorités de tutelle. « La loi a été votée, mais le ministère de la Santé ne fait aucun effort visible pour aller vers son application », a-t-elle dénoncé. Selon elle, l’Ordre national des sages-femmes et maïeuticiens représente pourtant un levier stratégique pour garantir la qualité, l’accessibilité et la continuité des soins pour toutes les femmes, sans discrimination.« Mettre en place l’Ordre, ce n’est pas une option. C’est honorer les engagements du Sénégal. L’Ordre garantit la qualité et la responsabilité, renforce l’État en partageant la régulation et permet de développer des soins centrés sur la femme, moins coûteux et qui sauvent plus de vies », a-t-elle insisté.
