Donald Trump a entamé il y a un an, le 20 janvier 2025 son deuxième mandat à la Maison blanche, et déjà son action a causé de profonds bouleversements dans le monde. Un des exemples les plus frappants sont sans doute les répercussions de la suppression progressive de l’USAID.
En Afrique, la baisse des financements américains se fait déjà cruellement sentir : le continent était l’un des principaux bénéficiaires de l’aide américaine. La suppression de cette aide a notamment un impact humanitaire
Avec l’USAID, c’est un pilier de l’aide internationale qui a disparu. En 2024, elle représentait plus de 35 milliards de dollars, dont 11,5 milliards pour l’Afrique, soit 35 % à 42 % de l’aide mondiale récente.
Le premier effet de sa suppression en Afrique, c’est l’effondrement de programmes de santé.
Les malades du VIH/Sida en difficultés
La lutte contre le VIH/Sida, contre la tuberculose étaient largement financées par les Etats-Unis. De nombreuses cliniques ont dû fermer.
En Afrique du Sud, où 17 % de la population entre 15 et 49 ans est séropositive, l’accès aux traitements antirétroviraux a considérablement diminué. Des programmes à destination des plus vulnérables ont été stoppés. La fondation Desmond Tutu pour les malades du VIH estime que 500 000 personnes pourraient désormais mourir du VIH dans la prochaine décennie.
Campagnes de vaccinations et aide alimentaire réduites
Même chose pour le paludisme, les maladies infectieuses et virales. Les campagnes de vaccination ont été réduites de façon drastique en RDC, au Mozambique, au Ghana, notamment.
L’insécurité alimentaire s’aggrave aussi : en Éthiopie, l’aide à un million de personnes a cessé. En RDC, au Sahel, en Somalie ou au Soudan du Sud, plusieurs ONG ont dû interrompre leurs programmes.
Mais la suppression de l’USAID touche aussi d’autres secteurs, comme l’éducation, notamment au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, mais aussi les droits humains, ou les programmes de démocratisation.
En un an, la fin de l’aide américaine pourrait faire basculer jusqu’à 5,7 millions d’Africains supplémentaires dans la pauvreté. Selon l’ISS, ils pourraient être près de 19 millions de plus d’ici 2030.
Un coup aux économies
Dans des économies fragiles, le PIB de l’Afrique subsaharienne pourrait perdre jusqu’à 4,5 milliards de dollars dans les cinq prochaines années. Ce qui concrètement signifie le licenciement de milliers d’agents de santé, la fermeture de projets eau et assainissement, le gel de programmes agricoles.
C’est aussi un coup d’arrêt pour de nombreuses start-ups en Afrique. Rien qu’au Kenya, le manque à gagner s’élève à près de 100 millions de dollars et pourrait faire fondre le secteur de la tech de 15 % en trois ans.
Encore plus préoccupant : dans les Etats de l’AES (-700 millions de dollars) et plusieurs zones de conflits (RDC, Soudan du Sud, Somalie), l’USAID soutenait des programmes de stabilisation, de prévention de l’extrémisme et d’appui humanitaire qui ont aussi disparu. Ce vide risque d’accroître l’insécurité et de fragiliser des Etats déjà à la peine.
Repenser les partenariats
Secoués par la baisse de l’aide américaines, les Etats africains devront réagir et développer des stratégies de substitution.
Diversifier leurs partenariats, par exemple. La Chine, la Turquie, les pays du Golfe sont déjà très présents dans l’humanitaire. Leur « philanthro-diplomatie » est moins conditionnée que celle des pays occidentaux.
Face à la contraction générale des aides des autres bailleurs occidentaux, certains experts africains veulent y voir la possibilité aussi de diminuer la politisation de la dépendance à l’aide extérieure et, qui sait, une chance de développer les capacités endogènes de résolution des crises.
Auteur: Sandrine Blanchard
