L’appel de Claude Le Roy à boycotter la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis en raison des positions de Donald Trump sur l’Afrique relance un débat déjà lancé avant le Mondial au Qatar. Mais entre réalités économiques, rêves des joueurs et position des fédérations, l’idée semble vouée à l’échec.
Près de quatre ans après les appels au boycott lancés avant la Coupe du Monde au Qatar, l’idée est de retour, à quelques mois de l’édition 2026 qui se déroulera aux États-Unis, le pays qui accueillera le plus de matchs, au Canada et au Mexique, du 11 juin au 19 juillet.
Claude Le Roy, qui a entraîné de nombreuses sélections africaines (Cameroun, Sénégal, Ghana, RDC, Congo, Togo) l’a évoquée dans une interview accordée au Figaro, le 20 janvier. Dans les colonnes du quotidien français, Le Roy, qui ne porte visiblement pas Donald Trump dans son cœur, « demandé s’il ne faut pas boycotter la Coupe du Monde 2026 ».
« Il abîme l’Afrique, avec son comportement vis-à-vis du continent africain, en tuant les organisations non gouvernementales », a-t-il asséné, avant de tacler Gianni Infantino, le président de la Fifa, très proche du président des États-Unis. « Il se targue d’être à ses côtés. Les dirigeants au plus haut niveau du foot ne parlent plus que de fric. »
« Un boycott ? Ça n’arrivera jamais »
En Europe, quelques voix politiques se sont également élevées, notamment en Allemagne et en France, mais surtout pour protester contre la hausse des droits de douane ou la question du Groenland. Le gouvernement allemand a ainsi laissé entendre que seule la fédération serait habilitée à prendre une telle décision.
Par conséquent, il semble assez improbable que ces appels au boycott aient la moindre chance d’aboutir. C’est la conviction de Joseph-Antoine Bell, l’ancien gardien de but des Lions indomptables du Cameroun. « Un boycott ? Tout le monde sait que ça n’arrivera jamais ! Les fédérations, qu’elles soient africaines ou non, ne boycotteront pas la compétition. Ce sont elles, notamment en Afrique, qui ont voté massivement pour que le Mondial 2026 se déroule sur le continent américain », explique celui qui avait soutenu la candidature du Maroc. La Coupe du Monde 2026 avait d’ailleurs été attribuée en juillet 2018 aux États-Unis, au Canada et au Mexique alors que Donald Trump effectuait son premier mandat. « Il y aura peut-être quelques actions isolées, des gens qui ne regarderont pas les matchs ou n’iront pas aux États-Unis, mais cela n’ira pas plus loin », estime le Camerounais.
Rabah Saâdane, l’ancien sélectionneur historique de l’Algérie, n’est pas moins dubitatif. « Que la diplomatie de Trump soit assez brutale, c’est un fait. Mais ce n’est pas un politique, c’est un homme d’affaires, qui est dans le rapport de force et la négociation. On le sait, mais on s’étonne toujours. Il a suspendu les aides à des ONG, il a décidé d’interdire l’entrée du territoire américain à des ressortissants de certains pays, notamment africains, mais je crois que tout cela, il l’avait annoncé. Il y a un nouveau shérif en ville, c’est Donald Trump. »
« Qu’ils laissent le football en dehors de ça ! »
Comme Joseph-Antoine Bell, Saâdane ne croit pas au boycott de la compétition. « Vous pensez vraiment qu’un gouvernement imposera à sa fédération de ne pas y participer ? Allez expliquer ça aux joueurs, pour lesquels participer à un Mondial est un rêve, et aux supporters », poursuit l’Algérien.
« Le Danemark va peut-être se qualifier pour la phase finale et si c’est le cas, il jouera la Coupe du Monde malgré son litige avec Trump au sujet du Groenland », prophétise Bell. Idriss Diallo, le président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), n’est pas plus convaincu par cette idée. « Ce n’est pas aux footballeurs de régler les problèmes politiques et géopolitiques. S’il y a des gens qui ont des problèmes avec Donald Trump, qu’ils les règlent eux-mêmes et laissent le football en dehors de ça ! »
