La région des Savanes, dans le nord du Togo, frontalière avec le Burkina Faso, est considérée comme l’une des plus pauvres du pays. C’est pourquoi de nombreux jeunes quittent leur village pourrejoindre les sites d’orpaillage au Mali, ou au Burkina Faso, attirés par l’espoir d’un enrichissement rapide.
Raoul – il n’a pas voulu donner son nom de famille – est l’un de ces jeunes Togolais travaillant dans les mines d’or, au Mali. Noël Tadegnon, notre correspondant au Togo, l’a rencontré.
DW : Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter le Togo pour aller travailler dans les zones minières ?
En premier lieu, ce qui nous a poussés à quitter le Togo pour rejoindre la zone minière, c’est la pauvreté. C’est trop vulgaire, mais c’est la pauvreté. Parce que si tu n’arrives pas à joindre les deux bouts, c’est difficile de supporter tes charges.
Parce que d’abord, nous sommes diplômés, mais faute de travail, faute d’emploi, nous sommes obligés d’y aller pour pouvoir subvenir à nos besoins, qu’ils soient personnels ou familiaux. Donc, c’est la raison qui nous a amenés dans ces zones.
Vous êtes diplômé. Pourquoi, malgré cela, vous avez choisi de quitter le pays ? Est-ce que le départ vers les mines, pour vous, c’est un choix ou une obligation pour survivre ?
Si tu as des projets en tête, pour financer ces projets, il te faut forcément des moyens. Et c’est un peu compliqué, si tu n’as pas un soutien ou pas de ressources financières pour pouvoir financer ton projet. Donc, obligatoirement, tu dois y aller pour chercher un peu, pour financer tes projets.
Qu’est-ce que je compte faire après avoir économisé ? Après avoir économisé, c’est justement pour pouvoir financer mes projets et être indépendant des gens. Donc, c’est tout. Sinon, il n’y a pas autre chose. Donc, c’est juste pour pouvoir financer mes projets, être indépendant pour la suite.
Comment se présentent les conditions de travail dans les mines ?
Les conditions de travail…En tout cas, rien n’est facile. Quand on parle des zones minières, c’est toujours une zone à risque. Les activités sont physiques et mécaniques à la fois. Donc, on fait avec. Ce n’est pas du tout facile. Surtout quand tu travailles avec des vieux Chinois. Donc, tu dois, je vais dire, accepter les conditions. Que ce soit sous la pluie, sous le soleil, dans la boue et tout. Les conditions de travail, ça n’a jamais été facile. Mais on tient toujours le coup.
Certains jeunes qui travaillent dans les mines reviennent au Togo et investissent dans des maisons ou des voitures. Ils montrent leur richesse. Est-ce que cela n’influence pas le départ d’autres jeunes vers des mines d’or au Sahel ?
En tout cas, c’est vrai, il y a certaines personnes, dès leur retour, ils s’accrochent à ce qui est luxueux, notamment des maisons. Bon, la maison, ça peut être un luxe, mais au-delà de la maison, il y a les voitures, les motos et tout.
Mais moi, personnellement, ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir créer quelque chose qui va me rapporter du jour au lendemain.
Quand on fait le calcul, mine par mine, est-ce qu’on peut dire que le phénomène est bien plus massif qu’on ne le pense ?
Approximativement, au pays, principalement dans la région des Savanes, ce ne sont pas moins de 200 jeunes, filles comme garçons, qui sont partis dans les zones minières. Mais si je dis 200 jeunes, c’est sans doute sous-estimé, parce que ça va au-delà.
Déjà, dans chaque chantier, on peut compter en moyenne une douzaine de jeunes. Imagine onze ou douze jeunes dans une mine, on le multiplie par dix, ça fait déjà à peu près plus d’une centaine.
Ça, c’est pour une zone, pour une seule localité. Quand on va aller au-delà d’une localité, on peut avoir au moins 50 mines. Là, s’il faut multiplier par 50, vous voyez que le nombre de 200 que j’ai donné, c’est encore en dessous.
