1,4 milliard de dollars : c’est ce dont ont besoin la RDC et les partenaires humanitaires, afin de répondre aux besoins dans le pays, en 2026. Mais face à un déficit critique de financement, la communauté humanitaire, en République démocratique du Congo, est contrainte de concentrer sa réponse humanitaire sur 7,3 millions de personnes, parmi les près de 15 millions ayant des besoins vitaux en assistance et en protection.
Choisir les plus vulnérables, faute de moyens
La baisse des budgets oblige les Nations unies à revoir leurs priorités et à exclure certaines populations des aides auxquelles elles auraient pu avoir droit.
« Ça ne veut pas dire qu’il y a moins de besoins, ça veut dire qu’on a eu une méthodologie de calcul différente. Ce qu’on appelle l’hyper priorisation. C’est quelque chose qui est demandé à tous les pays du monde qui ont des plans de réponse humanitaire, pour ne viser que les personnes qui sont dans les fourchettes les plus hautes de vulnérabilité. Ce qui fait que des personnes qui sont un peu moins vulnérables ne rentrent plus dans ce chiffre », explique Bruno Lemarquis, le représentant spécial adjoint du secrétaire général, coordonnateur résident des Nations Unies en RDC.
L’effondrement de l’aide américaine fragilise toute la réponse
En 2025, les Nations unies avaient lancé un appel de 2,54 milliards de dollars pour venir en aide à onze millions de personnes en RDC. Mais seul 1,3 milliard a pu être mobilisé et les Etats‑Unis assuraient à eux seuls 70 % de ce financement.
Un soutien crucial… qui s’est brutalement effondré avec la réduction massive de l’aide américaine sous l’administration Trump. Une baisse qui a immédiatement fragilisé l’ensemble de la réponse humanitaire.
Pour Anny Modi, présidente de l’ONG Afia Mama, cette nouvelle baisse du budget va notamment toucher les victimes de viol.
« Nous avons déjà des problèmes de rupture dans les centres de santé, pour ce qui concerne les médicaments. Je parle des kits PEP, les kits qu’on donne tout de suite (aux femmes violées, ndlr) pour éviter des grossesses non désirées et les maladies sexuellement transmissibles. Maintenant, c’est vraiment faire des choix difficiles. On fait des choix par rapport à l’âge. Par exemple, on se dit qu’on prend d’abord la mineure, même si une femme adulte est aussi dans une situation critique. Avec l’annonce de ce matin, on est en train de condamner à mort une bonne partie des personnes parce que s’il n’y a pas de médicaments, il y a des centres de santé qui vont fermer », ajoute Anny Modi.
Cette contraction massive de la réponse humanitaire inquiète aussi Eliane Kibubi, coordonnatrice de la Fondation Pakadjuma Résilience.
« Aujourd’hui, on ne saura pas accompagner bon nombre de femmes. Par exemple, pour mener les activités psychosociales qui sont liées aussi à l’autonomisation, nous avons un centre de rattrapage scolaire et de métier. Et dans ces centres, il y a l’alphabétisation, système traditionnel, et l’alphabétisation, système numérique, mais sans moyens, aujourd’hui, on ne saura pas continuer avec les différents programmes pour la réalisation de ces jeunes filles. «
Cette baisse du budget montre encore que l’aide humanitaire ne peut pas être la seule réponse. Bruno Lemarquis l’a encore rappelé mercredi (28.01). Il faut aussi des solutions politiques, une prise en compte des causes des conflits, la prévention des crises et une mise en place de solutions durables.
Auteur: John Kanyunyu, Nafissa Amadou
