Le bras de fer entre Paris et Niamey continue, autour de l’exploitation de l’uranium. Le Français Orano accuse le Niger de vouloir vendre un stock que sa filiale a extrait, tandis que la junte saisit la justice pour destruction écologique.
Accusé de spoliation par la société Orano, qui lui reproche de confisquer ses actifs dans le pays, le Niger a trouvé le fil judiciaire à tirer pour contre-attaquer. Dans sa réponse du berger africain à la bergère européenne, le ministre nigérien de la Justice annonçait, début février, que l’État avait engagé « des poursuites judiciaires (…) afin d’obtenir une condamnation et des réparations pour les dommages subis ». La plainte évoque des dégradations écologiques…
Pomme de discorde
D’autres procédures judiciaires, engagées cette fois par la société détenue à 90 % par l’État français, font suite à la nationalisation forcée de sa filiale nigérienne Somaïr, après le coup d’État de 2023. Un changement de direction idéologique dont l’un des carburants est la critique acerbe de l’État français et de ses supposées velléités néocoloniales.
La pomme de discorde dans la pomme de discorde est une cargaison d’au moins 1 000 tonnes de yellowcake – uranium concentré – qu’Orano estime à 240 millions de dollars, (environ 136 milliards de francs CFA). Depuis qu’elle a quitté la mine d’Arlit, dans le nord du Niger, la matière radioactive est stockée dans ce même aéroport de Niamey, qui fut la cible d’une attaque jihadiste dans la nuit du 28 au 29 janvier. Niamey souhaite vendre cet uranium sur le marché international, tandis qu’Orano menace de poursuivre en justice « toute personne souhaitant mettre la main » sur ce stock… Le 13 février, le président Tiani a toutefois souligné qu’Orano restait légalement propriétaire d’une partie de ses stocks constitués avant la nationalisation. « S’ils veulent demain qu’on leur envoie ça, nous payons nous-mêmes le transport », a-t-il assuré.
Découvert pour la première fois au Niger en 1957, peu de temps avant l’indépendance, ce métal radioactif était exploité depuis de nombreuses par la société française. En 2023, un peu plus de 3 500 tonnes ont été extraites, soit autour de 6 % de la production mondiale.
Le Niger compte d’autant plus sur les ressources nationales de ce combustible principal des réacteurs nucléaires que sa junte militaire ambitionne de construire une centrale de deux réacteurs de 1 000 MW chacun, en association avec la Russie. Un gage potentiel d’autosuffisance énergétique, dans une confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES) à la disponibilité électrique encore précaire.
