Les hommes d’Erik Prince ont d’abord été déployés dans plusieurs mines, autour de Kolwesi et de Kisangani, dans les provinces de Lualaba et de la Tshopo. Leur mission principale est la sécurisation des mines, l’amélioration de la collecte des taxes et la lutte contre la contrebande.
Le principe est que ces hommes pouvaient être déployés sur la ligne de front, selon la volonté du gouvernement congolais, et c’est ce qui s’est déroulé, en décembre dernier, lors de la reprise de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu.
Le quotidien britannique The Guardian affirme même que les “sous-traitants d’Erik Prince” auraient fourni un soutien par drone aux forces spéciales congolaises et à l’armée contre les rebelles du M23. Une information qui n’est pas confirmée par les autorités congolaises.
Mort de Willy Ngoma et…
C’est dans ce contexte qu’est intervenue la mort deWilly Ngoma, le porte-parole militaire de la rébellion, tué lors d’une attaque de drones autour de la ville minière de Rubaya, où se situe la plus importante mine de coltan au monde. L’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UDPS, le parti du président Félix Tshisekedi, qualifie de “spéculations”, la présence des équipes d’Erik Prince sur le terrain, aux côtés des forces armées de la RDC.
Adolphe Amisi Makutano, cadre de l’UDPS, explique que la pression sécuritaire dans l’est du pays a poussé Kinshasa à professionnaliser davantage certaines unités.
“Etablir un lien direct avec Erik Prince ou avec l’ancienne société Blackwater ne relève, à ce stade, que de spéculations. Les similitudes tactiques évoquées peuvent s’expliquer par une standardisation du système sécuritaire qui doit être contrôlée et c’est ce que font nos forces armées et nos services de renseignements.”
Le soutien aux FARDC
Le chercheur Bram Verlest, de l’Institut des études de sécurité en Afrique, l’ISS Africa, pense que la montée en puissance que revendique l’armée congolaise pourrait résulter d’un soutien extérieur, d’autant plus que la mine de Rubaya est convoitée par les États-Unis qui ont signé, récemment, un accord minier avec la RDC.
“Il faut noter que la mine de Rubaya fait aussi partie de l’accord entre la RDC et les États-Unis. On ne peut donc pas exclure qu’il y ait eu un certain soutien externe au niveau des renseignements.”
La présence des hommes d’Erik Prince à Rubaya, si elle était confirmée, représenterait alors le deuxième déploiement de ces mercenaires sur le front contre les rebelles du M23.
Henry-Pacifique Mayala de l’Institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, estime cette hypothèse possible, mais il précise que cela ne signifie pas un engagement durable dans les combats.
“Ce qui a été documenté, c’est que les hommes d’Erik Prince étaient déployés à Kisangani, mais dans le cadre d’un autre projet, pour la protection des sites miniers. S’ils avaient été déployés pour intervenir directement dans les combats, cela aussi ne serait pas surprenant. Mais ça ne relève pas d’une stratégie sur le long terme.”
Dans ce dossier, on retrouve l’entreprise Frontier Services Group, initialement fondée par Erik Prince, mais enregistrée à Hong Kong et possédant des capitaux chinois. Celle-ci opère en RDC dans la sécurité, la logistique, les mines, la collecte fiscale et l’assurance.
Auteur: Jean-Noël Ba-Mweze
