Réunis à Brasilia, les chefs d’État brésilien et sud-africain ont jugé urgent d’intensifier leur coopération en matière de défense. Une allusion à peine voilée aux récentes interventions américaines en Amérique du Sud et au Moyen-Orient.
Si la guerre au Proche et Moyen-Orient démontre l’implosion du concept de droit international, elle suggère également la fin d’une solidarité géopolitique essentiellement continentale. À moins de considérer que le monde revient à ces temps anciens de guerre froide où l’Amérique du Sud pouvait se solidariser avec l’Afrique. Le président brésilien vient de suggérer à son homologue sud-africain que leurs deux pays élaborent une politique de défense en partie commune.
Les observateurs invitent à lire entre les lignes les propos tenus par Luiz Inácio Lula da Silva, ce lundi, à l’occasion de la visite d’État de Cyril Ramaphosa à Brasilia : « Je ne sais pas si le camarade Ramaphosa se rend compte que, si on ne prépare pas notre défense, un jour quelqu’un nous envahira. » Le « tombeur » du trumpiste Jair Bolsonaro ne cite pas Donald Trump, mais ses craintes résonnent non seulement avec l’actuelle intervention israélo-américaine en Iran, mais aussi avec l’enlèvement du Vénézuélien Nicolás Maduro, le 3 janvier dernier.
Risque d’« invasion » étrangère
Le président brésilien a évoqué la nécessité d’unir leur potentiel « pour produire ensemble » de l’armement, considérant que « sur ce sujet, le Brésil a les mêmes besoins que l’Afrique du Sud ». Lula affirme même qu’un « accord de coopération sur des sujets liés à la défense » est en cours d’élaboration. Celui-ci pourrait « ouvrir la voie à de nouveaux projets communs », dans le cadre d’une défense « envisagée comme une dissuasion ». Le Brésilien rappelle que l’Amérique du Sud est une « région de paix » où « personne n’a de bombe nucléaire ».
« Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres », a répondu Cyril Ramaphosa, rappelant tout de même que le Brésil est « bien plus avancé » que l’Afrique du Sud en matière de « défense et d’aviation ».
Brics et Brics+
Si les noms de Trump et de Netanyahou n’ont pas été cités dans l’entretien entre Lula et Ramaphosa, les deux hommes sont très critiques envers la guerre lancée par les États-Unis et Israël. Pretoria a notamment condamné explicitement une violation du droit international et rejeté la notion de « légitime défense préventive ». À l’époque du président Mahmoud Ahmadinejad, les chefs d’État iranien et brésilien s’étaient mutuellement rendu visite.
Le Brésil et l’Afrique du Sud sont tous deux membres des Brics, ce groupe de pays qui incarne, avec la Chine, la Russie et l’Inde, une forme de non-alignement sur les États-Unis de Donald Trump. Et le groupe des Brics+ accueille notamment l’Iran.
