Tunis tente toujours de solder les comptes de l’époque de Zine El Abidine Ben Ali. Les autorités souhaitaient que la France extrade sa fille Halima. La cour d’appel de Paris affirme avoir manqué de garanties sur les conditions de sa future incarcération.
Si la région du Golfe ne paraît pas, en cette période de riposte iranienne aux attaques israélo-américaines, la zone la plus sécurisée de la planète, certains tiennent à y rester. Et pas seulement des influenceuses narcissiques en quête d’avantages fiscaux. Quinze ans après la fuite du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, sa famille la plus proche y trouve toujours refuge, en dépit de tentatives des actuelles autorités tunisiennes de faire revenir certains de ses membres à Tunis, comme Halima.
Si des associations de défense des droits de l’homme dénoncent des restrictions de libertés et des violations des droits humains qui laissent penser que la Tunisie est revenue au point de départ de l’autocratie, après le vent de la révolution du jasmin, le régime de Kaïs Saïed ne revendique pas de nostalgie à l’égard de l’ère Ben Ali. Les autorités actuelles ciblent en particulier la fille cadette du président déchu et espéraient la faire extrader.
Refus de la France
C’est la France qui avait interpellé Halima Ben Ali, à l’automne 2025, dans un aéroport parisien, alors qu’elle s’apprêtait à rentrer à Dubaï où elle vit et travaille. La justice tunisienne accuse la « fille de » d’infractions financières. Elle est notamment suspectée de blanchiment de capitaux provenant de fonds liés à l’exercice du pouvoir de son père. Des délits susceptibles de lui valoir un emprisonnement d’une vingtaine d’années, dans des conditions d’indépendance, d’impartialité et d’humanité sur lesquelles la justice française avait souhaité être rassurée.
Après s’être émue d’un manque de réactivité de la justice tunisienne à ses préoccupations, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris, compétente en matière d’extradition, vient de décider de ne pas remettre à son pays d’origine Halima Ben Ali, levant même le contrôle judiciaire de celle-ci et lui permettant donc d’être libre de ses mouvements.
Famille aujourd’hui discrète
Alors que Zine El Abidine Ben Ali est décédé en 2019 à Djeddah, sa seconde épouse, aujourd’hui âgée de 69 ans, Leïla Trabelsi, se trouve toujours en Arabie saoudite. L’ex-première dame incarnait la débauche financière de la famille présidentielle d’avant 2011. Après vingt-trois années de gouvernance autocratique, la fortune personnelle du couple Ben Ali était estimée à quelques milliards d’euros. Les Trabelsi – notamment Belhassen Trabelsi, identifié entre-temps au Canada – avaient même été qualifiés de « clan quasi mafieux » par les services de l’ambassade américaine en Tunisie.
Un temps localisée au Qatar, l’autre fille, Nesrine Ben Ali, a offert un spectacle plus burlesque, notamment un mariage furtif avec le rappeur K2Rhym et une condamnation, par contumace, pour possession de stupéfiants. Quant au fils Mohamed Zine El Abidine, rendu célèbre par l’usage people que son père faisait, en exil et en pyjama, de son compte Instagram d’enfant, il tente aussi de planer sous les écrans radars de la justice tunisienne.
