Pour la première fois, les États-Unis s’imposent simultanément comme premier fournisseur de gaz et de pétrole de l’Espagne. Un basculement inédit qui confirme l’érosion de la position algérienne sur le marché ibérique et, au-delà, la recomposition accélérée des équilibres énergétiques en Europe.
L’équation énergétique espagnole est en train de changer de nature. En février, les États-Unis ont pris la tête des approvisionnements de l’Espagne, à la fois en gaz naturel et en pétrole, selon des données relayées par le média économique espagnol eleconomista.es. Une double domination encore impensable il y a quelques années, et qui traduit un glissement progressif mais désormais tangible des flux énergétiques.
Sur le segment gazier, ce mouvement se fait directement au détriment de l’Algérie. Longtemps premier fournisseur du marché espagnol, Alger est désormais devancée par Washington, qui consolide sa place via les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Le basculement, amorcé en janvier, se confirme en février et s’inscrit dans une tendance de fond plutôt que dans une fluctuation conjoncturelle.
Ce changement s’explique en grande partie par la transformation du modèle d’approvisionnement espagnol. En s’appuyant sur ses capacités de regazéification, parmi les plus importantes d’Europe, l’Espagne a progressivement élargi son accès au marché mondial du gaz. Ce repositionnement lui permet de diversifier ses sources, en réduisant sa dépendance vis-à-vis du fournisseur algérien.
Dans ce nouveau paysage, les États-Unis tirent pleinement parti de leur montée en puissance sur le marché du GNL. Depuis 2022, leur présence en Europe s’est fortement accrue, portée par les bouleversements provoqués par la guerre en Ukraine et la reconfiguration des circuits énergétiques. Le gaz américain, plus flexible dans son acheminement, s’impose ainsi comme une alternative crédible, voire dominante, face aux fournisseurs traditionnels.
Le mouvement dépasse d’ailleurs le seul gaz. En février, les États-Unis ont également occupé la première place dans les importations de pétrole de l’Espagne, avec 622.000 tonnes, soit environ 14% du total mensuel, toujours selon eleconomista.es. Ils devancent ainsi des acteurs établis comme l’Irak ou la Libye, confirmant une présence désormais structurelle sur l’ensemble du spectre énergétique.
Cette recomposition des flux s’accompagne toutefois d’un revers. Si le modèle espagnol gagne en diversification, il accroît en parallèle son exposition aux marchés internationaux et à leur volatilité. L’accès au GNL, par nature plus flexible, implique aussi une dépendance accrue aux prix mondiaux, dans un contexte encore marqué par des tensions géopolitiques persistantes.
Pour l’Algérie, le signal est clair. Le recul observé sur le marché espagnol ne relève plus d’un simple ajustement conjoncturel, mais d’un déplacement durable des équilibres. La montée du GNL et l’irruption d’acteurs globaux comme les États-Unis redessinent les rapports de force, au détriment des fournisseurs reposant principalement sur des infrastructures rigides comme les gazoducs.
Au-delà du cas espagnol, c’est l’ensemble du modèle énergétique européen qui évolue. La priorité n’est plus seulement la sécurisation des volumes, mais la capacité à arbitrer entre plusieurs sources dans un environnement incertain. Une dynamique qui, en redistribuant les cartes, fragilise les positions acquises et impose de nouveaux paramètres dans la compétition énergétique.
