Pour le Rwanda, les rebelles FDLR n’ont jamais été neutralisés malgré des années de missions onusiennes. Ces ex-génocidaires constitueraient une menace régionale majeure, justifiant, selon Kigali, une posture de légitime défense. Une lecture loin de faire l’unanimité.
Selon Reagan Miviri, analyste à l’Institut de recherche Ebuteli, la question des FDLR reste entourée de flou et ne peut être réglée par la seule approche militaire.
« Il est difficile de quantifier la menace, il y a des contradictions du côté congolais et rwandais. Et on a déjà vu par le passé des moments où l’on pensait que c’était la fin de cette menace, mais après quelque temps, on a entendu le Rwanda parler de cette même menace », estime le chercheur.
Il explique que « il y a besoin d’avoir un engagement politique au-delà de l’aspect militaire, qui fasse en sorte que les gens puissent se faire confiance et qu’ils puissent être d’accord sur ce que signifie mettre hors d’état de nuire cette menace. »
FDLR, réelle menace pour Kigali ?
Dans un entretien à Jeune Afrique, le président rwandais Paul Kagame a ainsi exprimé son exaspération face à la présence persistante des FDLR dans l’est de la RDC.
Les accords de Washington, signés le 4 décembre dernier par la RDC et le Rwanda, prévoient la neutralisation progressive et concertée des FDLR.
Le professeur Philippe Doudou Kaganda, directeur scientifique du Centre de recherche et d’études sur les conflits et la paix dans la région des Grands Lacs, estime que les rebelles FDLR ne constitueraient pourtant plus vraiment une menace pour le Rwanda.
Pour lui, « le Rwanda a réussi, à travers son engagement militaire en RDC aux côtés des rebellions de l’AFDL, du RCD, du CNDP et actuellement du M23, à éloigner et neutraliser suffisamment les FDLR qui constituaient une menace contre le régime de Kigali. »
Solidarité indéfectible
Sur le terrain, de part et d’autre de la frontière, au fil des ans, la vie quotidienne impose une coopération constante entre les populations, bien au-delà des crises diplomatiques, précise Aymar Nnenyezi, professeur de sociologie et d’anthropologie à l’Université de Mons en Belgique.
« Au quotidien, cette interdépendance se traduit par des échanges constants dans le domaine du transport, du commerce transfrontalier, des circuits d’approvisionnement ou encore des banques. »
Aymar Nnenyezi estime que ces échanges sont directement affectés par les crises successives : « Dès qu’il y a des tensions, tout ralentit, les revenus baissent, et cela fragilise ces solidarités. Du coup, elles reposent sur quelque chose de très concret : la nécessité de vivre. Au fond, ces solidarités et coopérations tiennent parce qu’elles sont vitales. Et c’est pour cela que, localement, il y a une demande très forte de stabilité et de paix. »
Les relations entre la RDC et le Rwanda n’ont pas toujours été conflictuelles. Le professeur en sciences sociales Jean-Luc Nsengiyumva rappelle qu’elles ont connu de longues périodes de coopération, notamment dans le cadre de la CEPGL (Communauté économique des pays des Grands Lacs) sous les présidents Mobutu et Habyarimana, avant de se détériorer brutalement avec l’invasion de l’ex-Zaïre par le Rwanda en 1996.
Auteur: Wendy Bashi
