Le Conseil des ministres du mercredi 16 avril 2026 a officialisé un mouvement majeur au sein du ministère de la Santé et de l’Action sociale : le Dr Youssouph Tine, jusque-là Directeur régional de la santé de Ziguinchor, est nommé Directeur général de la Santé (DGS). Il remplace à ce poste stratégique le Dr Abdoulaye Bousso, appelé à d’autres fonctions.
Qui est le nouveau DGS?
Médecin spécialiste de santé publique, titulaire d’un MPH en épidémiologie, Youssouph Tine gravit tous les échelons de la pyramide sanitaire. Médecin-chef du district de Popenguine de 2014 à 2020, il devient Médecin-chef de la région de Ziguinchor en août 2020, puis Directeur régional en juillet 2023. c852
Son profil « terrain » a marqué la gestion de plusieurs crises : riposte contre la Covid-19 en Casamance, organisation du dispositif de surveillance épidémiologique et, plus récemment, coordination de la préparation contre le mpox après la détection d’un cas importé en août 2025. Il est également intervenu publiquement sur la montée des maladies non transmissibles, appelant à « des actions concrètes au niveau national et régional ».
Une nomination dans la continuité des réformes Sonko
Cette promotion s’inscrit dans la doctrine du Premier ministre Ousmane Sonko : rationaliser le système, promouvoir les compétences internes et « mettre fin à l’éparpillement » qu’il dénonçait déjà en 2024 comme facteur d’affaiblissement de la qualité et de la transparence.
La Direction générale de la Santé est l’organe central qui dirige et coordonne l’ensemble des services techniques du ministère. Le DGS exerce aussi la fonction de haut fonctionnaire de défense et de sécurité adjoint, en charge de la défense et de la sécurité sanitaire. Le choix d’un épidémiologiste de carrière, passé par la gestion de région, traduit la volonté de renforcer le pilotage opérationnel face aux risques sanitaires émergents.
Les chantiers qui attendent Youssouph Tine
Cinq priorités sont déjà identifiées par le gouvernement :
Surveillance et riposte : consolider le système d’alerte précoce et la coordination interrégionale, sur le modèle du Comité régional de gestion des épidémies (CRGE) qu’il a piloté à Ziguinchor.
Maladies non transmissibles : mettre en œuvre la feuille de route nationale contre l’hypertension, le diabète et les cancers, avec un meilleur positionnement des acteurs communautaires et des infirmiers chefs de poste.
Souveraineté pharmaceutique : accompagner la montée en puissance de la SEN-PNA et de l’Agence sénégalaise de Réglementation pharmaceutique, dans un contexte de tensions sur les approvisionnements.
Ressources humaines : participer à la réforme du système de rémunération dans la fonction publique pour le rendre « plus cohérent, juste et équitable ».
Transformation digitale : digitaliser les registres, les certificats et la gestion des épidémies, en lien avec la future Agence de centralisation de la commande publique.
Au ministère, on salue la nomination d’un « homme de dossier » qui connaît les réalités des districts. Les syndicats attendent du nouveau DGS un dialogue sur les lenteurs de carrière et la situation des « décisionnaires ». Les partenaires techniques, eux, misent sur son profil MPH pour accélérer les programmes de couverture sanitaire universelle.
Youssouph Tine prend la tête de la DGS au moment où le Sénégal doit gérer trois contraintes simultanées : la pression budgétaire liée à la dette, les chocs externes comme la crise Iran-USA qui renchérit les intrants, et l’exigence de résultats du Projet Pastef sur la santé de proximité.
La passation de service est prévue dans les prochains jours au building administratif Mamadou Dia.
