La pose de la première pierre du Centre national de dépistage des cancers à Guédiawaye, le 8 avril 2026, a viré à la polémique. En marge de la cérémonie, la Fondation « Sénégal Solidaire », portée par les Premières Dames Marie Khone Faye et Absa Faye, a été officiellement lancée. Depuis, les critiques fusent sur les réseaux et dans l’hémicycle. La Coalition Diomaye Président est montée au créneau pour défendre le projet et fustiger des « attaques indécentes ».
Le projet qui cristallise les tensions
Le futur Centre national de dépistage des cancers, présenté comme le projet phare de la Fondation « Sénégal Solidaire », doit prendre en charge près de 40 000 patients par an. Il est placé sous l’égide de l’administrateur général Amadou Dramé et se veut une réponse à l’urgence : le cancer reste l’une des principales causes de mortalité au Sénégal, a rappelé le maire de Guédiawaye, Ahmed Aïdara.
La fondation, déclarée « institution d’utilité publique », entend structurer la solidarité autour de la santé, de l’éducation et de l’autonomisation des femmes. Elle collabore déjà avec la Ligue Sénégalaise contre le Cancer (LISCA).
Les critiques : « doublon institutionnel » et « opacité »
L’implication directe des deux Premières Dames a ravivé un débat ancien. Pour la députée Maïmouna Bousso, l’action sociale doit passer par les ministères de la Santé ou de la Famille, « plutôt que par des entités satellites qui pourraient échapper au contrôle public et aux mécanismes de redevabilité ».
Les détracteurs pointent aussi le spectre de la Fondation « Servir le Sénégal » de l’ex-Première Dame Marieme Faye Sall, accusée hier de « diplomatie de l’ombre » et de financements opaques. Plusieurs voix sur YouTube et dans l’opposition dénoncent une « rupture trahie » : « On a combattu pour en finir avec ces fondations, pas pour les réinventer », résume un chroniqueur.
La riposte de la Coalition Diomaye Président
Dans un communiqué, la Coalition Diomaye Président, sous la supervision du Dr Aminata Touré, dénonce des « attaques indécentes » contre une initiative humanitaire. Elle rappelle trois points :
Urgence sanitaire : Octobre Rose vient de s’achever. Le Président Bassirou Diomaye Faye a lui-même appelé à « un engagement national pour lutter contre le cancer du sein ». La fondation s’inscrit dans cette mobilisation.
Cadre légal : « Sénégal Solidaire » est une fondation reconnue d’utilité publique, avec un administrateur général et des partenaires techniques identifiés. « Ce n’est pas une caisse noire », insiste la coalition.
Respect des institutions : La coalition réaffirme son attachement « au respect de toutes les institutions et des personnalités investies de missions publiques ». Elle dément accueillir des mouvements « connus pour proférer des insultes ou s’attaquer aux institutions ».
L’affaire tombe alors que la Coalition Diomaye Président traverse des turbulences internes. La nomination d’Aminata Touré à la supervision générale, en remplacement d’Aïda Mbodji, a provoqué des remous jusqu’au sein de Pastef. Ousmane Sonko avait publiquement soutenu Aïda Mbodj lors du « Tera meeting » du 8 novembre.
Pour les partisans de la fondation, l’attaquer revient à « narguer la population » alors que 40 000 malades attendent un dépistage. Pour les critiques, institutionnaliser le rôle des Premières Dames via une structure qui lève des fonds « au nom du peuple sénégalais » contredit l’exigence de transparence qui a porté Diomaye Faye au pouvoir le 24 mars 2024.
En attendant, le Centre de Guédiawaye reste le symbole de cette ligne de crête : entre la volonté d’agir vite contre le cancer et le risque de fragiliser l’édifice institutionnel au profit d’une « image de marque familiale ».
