La Cour des comptes serre la vis sur la gouvernance locale. Dans le cadre de son programme de contrôle adopté le 25 février 2026, l’institution a lancé une mission d’audit de performance ciblant 16 communes et six sites naturels. En jeu : plus de 115 milliards F CFA de financements publics liés à la gestion des espaces naturels protégés (ENP).
L’opération : 10 vérificateurs, 4 ans passés au crible
Présentée par _L’Observateur_ comme un « test grandeur nature de la gouvernance environnementale locale », la mission mobilise une équipe de dix vérificateurs déployés sur tout le territoire. Objectif : évaluer, sur la période 2020-2024, « l’efficacité, l’efficience et l’économie des interventions locales » en matière de préservation des écosystèmes.
Le contrôle porte sur la contribution des communes à la gestion des ENP. Il s’inscrit dans la montée en puissance des audits de performance de la Cour, qui examine le bon usage des deniers publics au regard des critères d’économie, d’efficience et d’efficacité.
D’où viennent les 115 milliards ?
Depuis 2020, la Cour accompagne le Programme d’appui aux communes et agglomérations du Sénégal (PACASEN). À ce jour, 735 dossiers déposés par les collectivités territoriales ont été examinés par la Chambre spécialisée. Résultat : les communes et villes participantes ont obtenu « un financement de plus de 115 milliards » via le Fonds d’équipement des collectivités territoriales (FECT).
Amadou Ba Mbodji, de la Cour, souligne l’impact : « Depuis le début de son intervention, la Chambre a évalué pas moins de 735 dossiers déposés par les collectivités territoriales, contribuant de manière déterminante à la transparence et à l’équité du système d’allocation des ressources »
Que cherche exactement le juge financier ?
Il ne s’agit pas d’un contrôle juridictionnel classique, mais d’un audit de performance. La Cour veut savoir :
– Efficacité : les projets financés ont-ils atteint leurs objectifs ? Les aires protégées sont-elles réellement préservées ?
– Efficience : les 115 milliards ont-ils été dépensés au meilleur coût ? Y a-t-il des doublons, des surcoûts, des retards ?
– Économie : les procédures d’achat, de passation des marchés, respectent-elles les règles ? Les ressources humaines et matérielles sont-elles proportionnées ?
– Traçabilité : comment les communes ont-elles utilisé les dotations du FECT et du PACASEN ? Les pièces justificatives existent-elles ?
Le précédent rapport sur la gestion des fonds Covid montre la méthode : la Cour avait reçu 453 milliards de dépenses déclarées, n’en avait validé que 67 milliards, laissant 385 milliards « sans justificatifs ».
Un signal après les scandales
L’audit intervient dans un contexte de tension budgétaire. La Cour alerte régulièrement sur la qualité de la dépense publique. En France, son rapport 2026 pointe 316 milliards dépensés pour les territoires « sans bilan réel » et dénonce un « saupoudrage » de dispositifs. Au Sénégal, l’enjeu est similaire : s’assurer que les milliards injectés dans les communes produisent des résultats visibles.
La mission rendra ses conclusions dans les prochains mois. Si des irrégularités sont constatées, la Cour peut saisir le parquet financier ou formuler des recommandations. Pour les communes, l’audit est aussi un passage obligé pour continuer à bénéficier du FECT : la performance conditionne désormais l’accès aux ressources.
