Face à l’aggravation des tensions sur les ressources en eau, la Banque mondiale vient de lancer un nouveau programme global baptisé “Water Forward”. Derrière cette initiative, une réalité s’impose : plusieurs économies émergentes, dont le Maroc, se retrouvent en première ligne d’un risque désormais structurel, aux implications économiques majeures.
Annoncé le 15 avril, ce programme vise à accompagner une quinzaine de pays confrontés à un stress hydrique croissant, principalement en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. L’objectif affiché est double : mobiliser des financements à grande échelle et accélérer les réformes pour sécuriser l’accès à l’eau, devenue un facteur critique de stabilité économique. Si la Banque mondiale ne détaille pas encore l’ensemble des pays ciblés dans ses communications initiales, le profil du Maroc correspond pleinement aux économies visées par cette nouvelle initiative.
Car au-delà des constats environnementaux, c’est bien une problématique économique qui est désormais posée. Dans plusieurs analyses récentes, les institutions internationales soulignent que la raréfaction de l’eau pourrait devenir un frein direct à la croissance. Agriculture, industrie, production énergétique : l’ensemble des chaînes de valeur est exposé. Pour un pays comme le Maroc, où l’agriculture reste un pilier de l’activité et de l’emploi, l’enjeu dépasse largement la seule gestion des ressources naturelles.
Le programme “Water Forward” s’inscrit précisément dans cette logique. Il vise à transformer la gestion de l’eau en levier d’investissement structurant, en favorisant notamment le développement d’infrastructures hydrauliques, l’amélioration de l’efficacité des réseaux et le recours à des solutions alternatives comme le dessalement ou la réutilisation des eaux usées. Une orientation qui fait écho aux choix déjà opérés par le Royaume, engagé depuis plusieurs années dans une stratégie d’adaptation marquée par la multiplication des projets de dessalement et la modernisation de ses systèmes d’irrigation.
Mais l’initiative de la Banque mondiale met aussi en lumière une tension plus profonde. À mesure que le stress hydrique s’intensifie à l’échelle mondiale, la concurrence pour l’accès aux financements et aux technologies pourrait s’accentuer. Autrement dit, les pays les plus exposés devront non seulement investir davantage, mais aussi le faire plus rapidement que leurs concurrents pour sécuriser leurs approvisionnements, dans un environnement marqué par une pression accrue sur les ressources disponibles.
Pour le Maroc, cette évolution intervient à un moment charnière. Le Royaume a en fait engagé un effort d’investissement massif pour sécuriser ses ressources. Le dessalement constitue désormais l’axe central de cette stratégie, avec une capacité visée de 1,7 milliard de m³ par an à l’horizon 2030, contre environ 350 millions aujourd’hui. Plusieurs projets structurants sont en cours, dont la future station de Casablanca, appelée à devenir l’une des plus grandes au monde, ainsi que des unités à Safi, El Jadida ou Dakhla. En parallèle, des programmes de transfert d’eau et de nouvelles infrastructures mobilisent des enveloppes de près de 60 milliards de dirhams pour 2026, traduisant un changement d’échelle dans la politique hydrique du Royaume.
