L’affaire ASER-AEE Power franchit un nouveau palier judiciaire. Quelques jours après avoir annoncé une plainte contre son prédécesseur, le Directeur général de l’ASER, Jean-Michel Sène, a été « officiellement approché par la Section de recherches » de la gendarmerie. Une convocation qui intervient alors que la Cour suprême vient de trancher en sa faveur dans le volet ARCOP du dossier.
La SR entre en scène
Dans une publication Facebook, Jean-Michel Sène a révélé avoir été contacté par la Section de recherches. Cette audition marque « une évolution majeure » dans ce dossier à forts enjeux financiers et politiques, déjà marqué par une plainte du député Thierno Alassane Sall (TAS) déposée en octobre 2025 auprès du Pôle judiciaire financier.
L’objet : un marché de 91 milliards F CFA attribué à la société espagnole AEE Power EPC pour l’électrification de 1 740 villages, avec un financement de la banque Santander. TAS dénonce une « dérogation fictive » et réclame l’annulation du marché, l’inscription d’AEE Power sur la liste noire et des sanctions contre les responsables.
La plainte contre l’ex-DG : 37 milliards décaissés « en violation »
Le 1er avril 2026, en conférence de presse, Jean-Michel Sène avait annoncé avoir déposé plainte contre son prédécesseur. En cause : un audit interne qui révèle que *37 milliards F CFA ont été décaissés pour le projet, « en violation de la procédure requise »*.
« On s’est rendu compte que dans ce marché, toute la procédure n’a pas été respectée lors de ce décaissement », a-t-il expliqué. À l’ASER, le paiement d’une facture exige des vérifications par plusieurs directions. Or, « les vérifications nécessaires n’ont pas été faites avant les décaissements ». Pour Sène, il y avait « un système de prévarication et de détournement de deniers publics ».
Il affirme que le contrat a depuis été renégocié, permettant à l’État d’économiser 11 milliards F CFA.
La victoire devant la Cour suprême
Parallèlement, Jean-Michel Sène a obtenu gain de cause sur le front judiciaire. Après 15 mois de procédure, *la Cour suprême a annulé la décision de l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP)*, qui avait condamné l’ASER au détriment d’AEE Power Sénégal, filiale locale.
« Le dossier est désormais vidé. S’ouvre maintenant le temps de la vérité », a réagi le DG sur Facebook. Il promet une conférence de presse pour « exposer les faits, les responsabilités et le modus operandi mis en place pour tenter de s’enrichir sur le dos des Sénégalais », un procédé qui aurait « déjà été utilisé dans d’autres projets ».
La contre-attaque d’AEE Power Sénégal
La société AEE Power Sénégal, dirigée par Saidou Kane, ne compte pas en rester là. Elle a envoyé une sommation interpellative à Jean-Michel Sène, à Walfadjri et à la journaliste Khady Sylla, après des propos tenus le 2 septembre 2024 sur Walf TV. AEE Power estime que les déclarations du DG de l’ASER portent « atteinte à l’honneur et à la considération » de son dirigeant et au crédit de la société.
AEE Power rappelle avoir initié par offre spontanée un projet d’électrification de 928 localités à Kaffrine, Louga, Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou, et juge diffamatoires les accusations d’escroquerie et de surfacturation.
Le fond du litige : deux AEE Power et un protocole contesté
Le nœud du conflit : AEE Power Sénégal, filiale locale, s’estime écartée « de manière irrégulière » au profit de la maison-mère espagnole AEE Power EPC. Une avance de démarrage de 37 milliards F CFA aurait été débloquée via Santander. L’ARCOP avait d’abord donné raison à AEE Power Sénégal et suspendu le projet de 1 640 villages. L’ASER avait saisi la Cour suprême, qui vient donc d’annuler cette décision.
Pour TAS, les garanties déposées par AEE Power EPC sont « juridiquement invalides » et l’entreprise doit être blacklistée. Jean-Michel Sène rétorque que TAS « méconnaît les règles » : « Il n’y a aucun article qui peut prouver que le marché est violé. C’est pourquoi il s’accroche aux garanties ».
Avec l’audition de Jean-Michel Sène par la SR, le dossier entre dans sa phase pénale. Les enquêteurs doivent situer les responsabilités sur les 37 milliards décaissés sous l’ancienne direction. La plainte du DG vise directement son prédécesseur. De son côté, TAS maintient la pression et a lui-même porté plainte.
Jean-Michel Sène promet de « tout mettre sur la table » lors de sa conférence de presse. Il invite TAS à un débat public : « Nous électrifions le monde rural, pendant que vous polémiquez sans effet ».
L’affaire ASER-AEE Power est désormais à la croisée de trois procédures : judiciaire avec la SR, politique avec les accusations de TAS, et commerciale avec la sommation d’AEE Power Sénégal.
