Entre héritage de la dette cachée et promesse de rupture, l’exécution budgétaire 2025 du Sénégal ressemble à un exercice d’équilibriste. D’un côté, des recettes qui tiennent, un déficit contenu à 6,44 % du PIB, 474 milliards FCFA d’arriérés apurés. De l’autre, des cibles de recettes manquées, des dons extérieurs en chute libre et un service de la dette qui explose à plus de 5 100 milliards FCFA en 2026. Récit d’une année de gestion sous tension.
L’année 2025 s’annonçait comme celle de tous les dangers. Après la révélation d’une dette cachée de 7 milliards $ et la suspension du programme FMI en mai 2024, le Sénégal découvrait l’ampleur réelle : déficit 2023 corrigé à 12,3 % du PIB au lieu de 4,9 %, dette réévaluée de 74,4 % à 111,0 % du PIB fin 2023, puis 132 % fin 2024 selon le FMI.
Pourtant, à l’arrivée, le ministère des Finances boucle 2025 sur « une gestion globalement maîtrisée » :
– Croissance du PIB réel à 6,7 %, portée par GTA gaz et Sangomar pétrole.
– Inflation contenue à 1,4 % grâce aux baisses de prix internationales et aux subventions.
– Recettes à 4 477,1 milliards FCFA, soit 98,8 % des objectifs. Les recettes fiscales progressent de +10,3 % à 4 087,4 milliards, tirées par l’impôt sur les sociétés. Les recettes non fiscales bondissent de +55,7 % à 287,4 milliards grâce aux premières retombées hydrocarbures.
– Déficit budgétaire ramené à 1 387,5 milliards FCFA, soit 6,44 % du PIB, mieux que la cible initiale de 7,1 %. À fin juin, il n’était que de 588,3 milliards, soit 34,7 % de la cible annuelle de 1 695,9 milliards.
Prévus à 241,6 milliards FCFA, les dons n’ont été mobilisés qu’à 19,3 milliards, soit 8,0 % de l’objectif. Au T1 2025, ils ne représentaient que 8 milliards sur 245 prévus, soit 3,27 %. « Ce repli drastique de 71,5 % sur un an compromet la viabilité financière de nombreux projets publics ».
L’investissement public sous-exécuté
Sur 1 876,8 milliards FCFA prévus, seuls 1 471,8 milliards ont été exécutés, soit 78,4 %. Le gouvernement maintient pourtant un niveau élevé : 10,2 % du PIB pour « soutenir la croissance », mais la sous-exécution freine les infrastructures.
À fin juin 2025, les recettes du budget général n’atteignent que 2 226,3 milliards sur 4 668 milliards prévus, soit 47 %. Les ressources globales mobilisées sont à 43,1 % de la LFR 2025. La mobilisation fiscale tient, mais les recettes extérieures et les dons plombent le tableau.
C’est le boulet. Le service de la dette atteint 1 088,1 milliards FCFA en 2025 et explosera à plus de 5 100 milliards en 2026, selon Ousmane Sonko.
Au 1er semestre 2025, les charges financières — intérêts et commissions — s’élèvent déjà à 501,1 milliards FCFA, dont 403,5 milliards pour la dette extérieure. En glissement annuel, c’est +290,78 milliards FCFA. Pourquoi ? « La prise en charge intégrale de la dette bancaire contractée sans autorisation parlementaire préalable, intégrée désormais dans l’encours total ».
Le stock, lui, reste à 130 % du PIB selon la Stratégie de gestion 2026-2028. L’objectif : 101 % en 2028 15 % de la dette arrive à échéance dans un an. Entre 2026 et 2028, le Sénégal doit refinancer 14 870 milliards FCFA, soit près de 6 000 milliards par an.
Le FMI salue « l’engagement en faveur de la transparence » et accepte de plaider un waiver pour débloquer un nouveau programme. « Toutes les données sont stabilisées », dit Cheikh Diba.
Mais le risque demeure « modéré de surendettement ». Le service de la dette représente 16 % des recettes budgétaires. Les pics de remboursement 2026-2028 inquiètent.
La gestion 2025 est une prouesse : ramener le déficit de 13,4 % en 2024 à 6,44 % en 2025, apurer 474 milliards d’arriérés, tenir 98,8 % des recettes malgré l’arrêt des dons, tout en lançant GTA et Sangomar.
Mais les cibles non atteintes rappellent la fragilité : dépendance aux recettes fiscales, investissements freinés, dons extérieurs absents. Et surtout, les charges de la dette étouffent : +290 milliards en 6 mois, 5 100 milliards à payer en 2026.
Le Sénégal a réconcilié ses chiffres avec le FMI. Reste à réconcilier sa dette avec sa capacité de remboursement. Comme le dit le FMI : « l’achèvement de la réforme sur la gestion de la dette et la mise en œuvre complète des mesures correctives seront essentiels ». 2025 fut l’année de la transparence. 2026 sera celle de la vérité des prix.
