Inaugurée le 10 juin 2025 à l’ambassade du Royaume-Uni à Dakar, la première Chambre de commerce britannique au Sénégal officialise un tournant : avec plus de 5 milliards de dollars, soit près de 2 900 milliards FCFA d’investissements cumulés, Londres devient l’un des premiers partenaires économiques du pays. Énergie, port de Ndayane, BRT, agriculture, télécoms… la Chambre arrive pour « structurer un partenariat de long terme », pas seulement pour faire du chiffre.
2 900 milliards FCFA déjà investis : le poids lourd britannique
Les chiffres sont là. Plus de 50 entreprises britanniques sont actives au Sénégal, pour 2 795 milliards FCFA d’investissements selon l’ambassadrice Carine Robarts. La RTS parle de 5 milliards de dollars, soit près de 2 900 milliards FCFA.
Détail des projets phares :
– GTA gaz : 5 milliards $ de BP, plus gros investissement offshore jamais réalisé au Sénégal.
– Port de Ndayane : 1 milliard $ via British International Investment, 20 000 emplois attendus.
– BRT Dakar : financé en partie par UK Export Finance.
– Énergie : le Royaume-Uni est « le premier investisseur étranger » dans le secteur. Le JETP signé avec le G7 prévoit 2,5 milliards $ pour porter les renouvelables à 40 % d’ici 2030.
Résultat : le commerce bilatéral a quadruplé depuis 2020, atteignant 650 à 700 milliards FCFA en 2024.
Pourquoi une Chambre de commerce maintenant ?
« La Chambre de commerce britannique jouera un rôle clé en facilitant les échanges et en promouvant les investissements et en soutenant surtout les industries locales », a déclaré Serigne Guèye Diop, ministre du Commerce, lors de l’inauguration du 10 juin.
Trois missions officielles :
1. Plateforme formelle : connecter les 50+ entreprises UK déjà présentes avec les PME sénégalaises et le secteur public.
2. Accompagner la Vision 2050 : « Nous voulons aller encore plus loin, conformément à la vision 2050 du Sénégal, à la stratégie industrielle », affirme l’ambassadrice Juliette John.
3. Structurer, pas seulement promouvoir : « L’ambition est d’aller plus loin que la simple promotion commerciale et de structurer un partenariat économique de long terme », précise Carine Robarts.
Les secteurs cibles : de l’énergie à l’agroalimentaire
Les investissements britanniques couvrent déjà l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, l’éducation, la santé, les télécoms et les services. La Chambre veut accélérer sur 4 axes, alignés avec le JETP :
– Manufacturing/ : via le programme _Manufacturing Africa_, Londres a aidé +20 entreprises sénégalaises à mobiliser 260 millions $ et créer 4 000 emplois. Objectif : « promouvoir l’investissement étranger direct dans le secteur manufacturier ».
– Économie circulaire : innovation dans la gestion des déchets.
– Export vers le Royaume-Uni : stimuler les exportations sénégalaises.
– Transition énergétique : « soutenir le Sénégal dans sa transition énergétique et sa résilience climatique ».
Le Sénégal est d’ailleurs désigné « pays prioritaire » du British Investment Partnerships (BIP), avec 1 million £, soit 770 millions FCFA d’expertise technique pour la croissance verte.
30 entreprises britanniques au forum « Invest in Senegal »
L’installation de la Chambre coïncide avec une offensive. En parallèle du forum « Invest in Senegal », une mission commerciale de 30 entreprises britanniques prospecte infrastructures, énergie, agribusiness et technologies. Elles rejoignent les 50 déjà actives.
Le ministre britannique pour l’Afrique, Lord Collins, a rencontré la Chambre en octobre. Message : « Nous comptons parmi nous plus de 40 entreprises issues d’un large éventail de secteurs. Nous souhaitons vraiment que les investissements britanniques aient un impact positif sur l’économie, la création d’emplois et le transfert de technologies ».
Le défi : transformer les flux en ancrage
2 900 milliards FCFA, c’est 35 % du PIB. Mais le Sénégal connaît le syndrome : « Beaucoup de flux, peu d’ancrage ». Pour éviter l’investissement « de passage », la Chambre mise sur :
– Bancabilité des projets locaux : aider les PME à se structurer pour capter les 3 000 milliards FCFA de crédits visés d’ici 2028.
– Contenu local : BP sur GTA et DP World sur Ndayane sont tenus à des quotas d’emplois et de sous-traitance.
– Finance verte: FSD Africa travaille avec UMOA-Titres pour mobiliser les *20 000 milliards FCFA* du marché UEMOA vers des projets durables.
« Nous sommes les principaux investisseurs dans le secteur énergétique du Sénégal, et nous travaillons sur l’infrastructure, y compris sur le programme d’électricité », rappelle l’ambassadrice. L’enjeu : que les 2 900 milliards ne soient pas juste des tuyaux et des quais, mais des usines, des compétences, des exportations.
Un partenariat qui change de dimension
Avec 5 milliards $ investis, le Royaume-Uni talonne la France et la Chine. Le forum « Invest in Senegal » a enregistré 13 211 milliards FCFA d’engagements au total. La part britannique montre une stratégie claire : miser sur les méga-projets structurants -énergie, port, transport – pour tirer les PME.
Comme le résume le général Cheikh Wade, ambassadeur du Sénégal au Royaume-Uni : le Royaume-Uni est un « partenaire stratégique ». La Chambre de commerce en est l’outil opérationnel.
La Chambre arrive au moment où le Sénégal bascule dans l’ère du pétrole et du gaz. Les 2 900 milliards FCFA déjà investis ont financé des infrastructures. Les prochains devront financer la transformation : usines, transformation agricole, services à valeur ajoutée.
Serigne Guèye Diop l’a dit : l’objectif est de transformer nos matières premières en produits à haute valeur ajoutée . Si la Chambre britannique tient sa promesse d’ancrage, les 3 000 milliards de flux pourraient enfin devenir 3 000 milliards de PIB. Sinon, le Sénégal aura juste changé de bailleur pour ses grands chantiers.
