L’ancien journaliste, maire de Tiassalé et candidat malheureux aux élections législatives de 2025, a été brièvement placé en garde à vue le 23 avril. Il est accusé, entre autres, de trouble à l’ordre public et d’incitation à la révolte. Explications.
De sa récente rencontre avec Laurent Gbagbo en passant par ses dénonciations d’un « braquage électoral » lors des dernières législatives, Tiémoko Assalé a ravivé les tensions entre l’opposition et le pouvoir d’Alassane Ouattara. Mais le 22 avril, c’est pour avoir été entendu pendant près de seize heures à la préfecture de police que le maire de Tiassalé et président du mouvement Aujourd’hui et Demain, la Côte d’Ivoire (ADCI) a fait les gros titres des journaux ivoiriens.
Deux jours plus tôt, il avait reçu dans la soirée, à sa permanence d’Abidjan-Cocody une convocation signée sur instruction de Koné Braman Oumar, le procureur de la République. Le 22 avril, accompagné par ses avocats, Mes Oumou Sanogo et Christian Adagba, Tiémoko Assalé s’est présenté au Service des enquêtes générales de la Préfecture de police. Il y a été entendu par des officiers de police et un substitut du procureur entre 10h10 et 23h45.
Que lui reproche-t-on ?
C’est au cours de cette longue audition que la décision est tombée. L’ancien député de Tiassalé-Morokro fait l’objet de quatre chefs d’accusation : trouble à l’ordre public, incitation à la révolte, discrédit sur les institutions de la République et diffusion de fausses nouvelles. L’interrogatoire a toutefois été physiquement éprouvant pour l’opposant, victime de deux malaises cardiovasculaires. Un professeur de cardiologie, dépêché sur place, a préconisé son transfert en urgence à l’Institut de cardiologie d’Abidjan, qu’il a rejoint sous escorte policière aux alentours de 2h30 du matin, libre de ses mouvements, après avoir signé son procès-verbal.
Pour comprendre les ramifications de cette affaire, il faut remonter au mois de mars 2026, lors d’un séjour de Tiémoko Assalé en France. Sur la chaîne YouTube Actupeople, l’opposant accorde au journaliste ivoirien basé à Paris, Guillaume Vergès, une interview d’une heure cinquante minutes aux allures de réquisitoire contre le régime. Il y fustige une « corruption qui gangrène [l’] administration publique » et y assure avoir été menacé par une figure du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) après son entrevue avec l’ancien président Laurent Gbagbo. « On va te faire payer cette rencontre », lui aurait-on dit.
« La seule base des poursuites judiciaires engagées contre Assalé Tiémoko est l’entretien qu’il a accordé à Guillaume Vergès, martèle Israël Guébo, premier vice-président d’ADCI. L’intégralité de l’interrogatoire, mené de 10 heures à 1 heure du matin, s’est appuyée sur le contenu de cet entretien. »
Que va-t-il se passer maintenant ?
Pour l’heure, Tiémoko Assalé est libre mais la séquence a été pour le moins chaotique. Le 23 avril à 9 heures, alors qu’il était hospitalisé, le procureur a informé son avocate par téléphone de son placement en garde à vue, dans la perspective d’un défèrement au parquet le 24 avril. Une mesure finalement levée huit heures plus tard, à 17 heures par le procureur de la République adjoint Abou Chérif, venu en personne à l’Institut de cardiologie.
Aux yeux de ses soutiens, cet emballement judiciaire est une tentative de museler l’une des voix les plus critiques du pays, à l’approche de la rentrée politique d’ADCI, le 2 mai. Roger Youan dénonce une « situation très grave », pointant une « volonté ferme de totalement fermer l’espace civique, de restreindre les libertés, de museler les voix qui comptent. »
Si le parquet et le ministère de la Justice n’ont pour l’instant pas communiqué sur le dossier, l’affaire réveille le souvenir de décembre 2007. Sous le régime de Laurent Gbagbo, Tiémoko Assalé avait été incarcéré durant douze mois à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca, devenue Pôle pénitentiaire d’Abidjan) pour avoir dénoncé la corruption de magistrats.
