Chambre criminelle de Dakar a jugé, ce mardi 5 mai 2026, l’affaire particulièrement sensible portant sur la mort du jeune Assane Dieng, survenue en 2024 dans un daara situé à la cité Tacko, à Rufisque. L’audience s’est tenue à huis clos. Dans le box des accusés, le maître coranique Samba Ndiaye (30 ans) et son épouse Khoudia Seye, alias « Ya Seyda » (29 ans), sont poursuivis pour violences et voies de fait sur un mineur de moins de 15 ans ayant entraîné la mort, commises par des personnes ayant autorité. Le troisième accusé, Serigne Abdou Lahat Ndiaye, présenté comme comptable de l’établissement, est poursuivi pour complicité. Il a comparu libre.
Selon les éléments du dossier, Assane Dieng n’avait passé qu’un mois dans cet internat coranique, où garçons et filles étaient séparés dans deux bâtiments distincts. À la barre, Samba Ndiaye a décrit une structure encadrée par plusieurs enseignants. Il a affirmé que l’enfant était arrivé après la Tabaski et ne présentait aucun signe particulier.
Cependant, le récit de la famille de la victime contraste nettement avec cette version. Mamadou Dieng, grand-père d’Assane, a rapporté que l’enfant exprimait déjà son mal-être : « Il pleurait et voulait quitter l’internat ». Le jour du drame, la famille est informée de son décès dans des circonstances jugées floues. Le maître coranique a évoqué un enfant qui ne se serait pas réveillé au petit matin.
Le médecin évoque une mort suspecte
Le témoignage du médecin de garde le matin du drame à l’hôpital Youssou Mbargane, le Dr Médoune Ndoye, est accablant. Il a expliqué avoir constaté, dès l’arrivée du corps, des signes inquiétants : « des égratignures au cou, des yeux rouges ». Face à ces éléments, il a immédiatement délivré un certificat de mort suspecte et recommandé une autopsie. Les conclusions médico-légales sont sans équivoque : fractures au niveau du cou, contusions multiples sur le corps et décès consécutif à une asphyxie mécanique, suggérant une pression exercée sur le cou.
Témoignages d’enfants : violences, ligotage et peur
Plusieurs pensionnaires du daara ont livré des témoignages préoccupants. Certains ont évoqué des pratiques de châtiments corporels allant jusqu’au ligotage. Le jeune I. Lo affirme avoir été attaché et battu après une fugue. P. S. Diagne, 12 ans, a reconnu avoir été puni pour des raisons disciplinaires, même s’il a modifié sa version devant le tribunal.
Le témoignage clé est celui de Moussa Diop (aujourd’hui décédé), recueilli lors de l’enquête, qui accusait directement Khoudia Seye d’avoir frappé Assane après un épisode de vomissements, sans lui apporter de soins. Des allégations fermement contestées par l’accusée.
Khoudia Seye nie toute violence
À la barre, Khoudia Seye a rejeté toute responsabilité. Elle soutient avoir simplement constaté que l’enfant ne se réveillait pas : « Je l’ai appelé à plusieurs reprises, il était déjà décédé ». Elle nie catégoriquement l’avoir battu ou privé de soins.
Dans son réquisitoire, le procureur de la République a parlé d’un « enchaînement de malheur ». S’appuyant sur l’autopsie et les témoignages, il affirme que la mort d’Assane Dieng est le résultat de coups répétés suivis d’une asphyxie provoquée. Il a dénoncé une tentative de dissimulation derrière des explications jugées fantaisistes.
Le ministère public estime que Khoudia Seye est la principale responsable, l’accusant d’avoir battu l’enfant et de l’avoir privé de soins malgré son état critique. Il a requis 15 ans de réclusion criminelle et une amende de 500 000 FCFA contre elle. En revanche, le parquet a demandé de mettre Samba Ndiaye hors de cause pour le décès, tout en retenant contre lui des faits de violences volontaires, pour lesquels il a requis 5 ans d’emprisonnement. Concernant le comptable, le procureur a estimé qu’aucun élément ne permet d’établir sa complicité.
La défense plaide l’acquittement
Les avocats de la défense ont tenté de démonter la thèse de l’accusation. Me Mamadou Diaw a notamment soutenu qu’une « correction légère » ne peut déboucher sur une strangulation, insistant sur l’absence de preuve directe liant Khoudia Seye au mécanisme de la mort. Il a plaidé l’acquittement pur et simple des accusés.
L’affaire est mise en délibéré au 2 juin prochain
