Ces artistes estiment que la musique, la danse, le théâtre, les arts visuels, mais aussi les différentes expositions offrent plusieurs effets. Ils permettent aux habitants d’extérioriser leurs souffrances, d’exprimer leurs espoirs et de se sentir soulagés, même si ce n’est que momentanément.
Bénédicte Buhendwa est une habitante de Bukavu. Elle a participé à un festival de musique et de danse, organisé dans son quartier. Pour elle, ce sont des moments précieux qui lui permettent d’oublier.
« l y a des situations de guerre qu’on a traversées. On était stressées, mais quand je suis ici, je me sens libre, protégée et je me sens joyeuse. C’est un moment spécial et j’oublie d’abord tout ce qui est guerre, tueries, traumatismes dans la famille… Je reste concentrée sur la musique et surtout, la fanfare du Kivu » explique-t-elle.
Cadres de dialogue
Par ailleurs, les espaces culturels offrent des cadres de dialogue, où les jeunes, les femmes et les leaders communautaires peuvent se rencontrer, échanger et apprendre.
Thomas Lusango est musicien et il est le directeur du Centre culturel Delia Ndaro, à Bukavu. Pour lui, cette interaction est essentielle pour soigner les traumatismes psychologiques causés par les conflits armés, et restaurer aussi la confiance.
« D’abord, la musique, c’est une drogue. Dès que tu entres dedans, tu as tendance à bouger, tu as tendance à te déstresser. Et dès que le corps bouge et entre en mouvement, il y a la chaleur, et lorsque la chaleur monte dans la tête, on oublie tout ce qu’on a connu comme guerre ou divisions. Qu’elle soit une musique jouée par un membre de telle ou telle autre tribu, dès qu’elle te hante, tu oublies que tu étais en conflit, et c’est un moyen de trouver des solutions » soutient Thomas Lusango.
Surmonter les traumatismes
L’Espace culturel Kwetu Art de Bukavu a récemment organisé un festival de théâtre dans plusieurs quartiers sous le thème : « Recoudre les rêves ». L’objectif était de surmonter les traumatismes en transformant les expériences douloureuses en récits artistiques.
Humoriste et comédien, Joyeux Bin Kabodjo est le directeur de ce centre culturel. Il explique que des artistes rwandais et burundais ont aussi été invités.
Selon lui, « la culture, c’est le cadre parfait pour que les gens se retrouvent, discutent, et la résilience passe par ce partage-là. Dans une région comme la nôtre, on a survécu à plus que la guerre. Les banques ont fermé pendant plus d’une année, mais les gens ont pu quand même manger… Il y a un partage qui communique la cohésion ».
Ces initiatives culturelles ont un coût et les artistes se plaignent des difficultés financières et du manque de soutien dont ils bénéficient dans leur travail, pourtant essentiel pour la bonne santé psychologique des Congolais de la région.
