L’Université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou a accueilli, samedi, une conférence publique de haut niveau organisée par l’association « Deux heures pour nous, deux heures pour Kamita », en collaboration avec des organisations de la diaspora africaine, autour du thème central : « Contribution du panafricanisme au rayonnement de l’AES ». À cette occasion, les participants ont prôné le recours à certaines valeurs ancestrales, telles que le Sanankouya, ou parenté à plaisanterie, pour consolider la souveraineté africaine.
Cette conférence publique, qui a mobilisé étudiants, chercheurs, acteurs de la société civile et militants panafricanistes, a servi de tribune à plusieurs intellectuels venus des diasporas martiniquaise, haïtienne et africaine afin de partager leurs réflexions sur les enjeux géostratégiques, historiques et culturels de la Confédération des États du Sahel (AES).
La rencontre, placée sous le thème principal « Contribution du panafricanisme au rayonnement de l’AES », s’est articulée autour de cinq sous-thématiques.
Intervenant sur la sous-thématique « Géostratégie panafricaine à l’aune de la Fédération de l’AES », l’écrivain martiniquais et spécialiste du panafricanisme, Popo Klah, a plaidé pour une réappropriation des concepts ancestraux africains dans la construction des alliances contemporaines.
Selon lui, le « Sanankouya », encore appelé parenté à plaisanterie, constitue un modèle historique de cohésion et de solidarité pouvant inspirer les relations entre le continent africain et sa diaspora.
« Chaque fois que nous rencontrons un problème, nous devons retourner dans la boîte à outils de nos ancêtres », a-t-il déclaré, estimant que les peuples africains gagneraient à s’appuyer sur leur mémoire collective pour relever les défis géopolitiques actuels.
L’intellectuel martiniquais a également salué les orientations politiques engagées par les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qu’il considère comme des initiatives en faveur de la reconquête de la souveraineté africaine, notamment à travers la valorisation des héros africains, des savoirs traditionnels et de la médecine ancestrale.
De son côté, la professeure haïtienne et militante vaudou, Bayyinah Bello, a insisté sur l’importance de la conscience historique dans les luttes de libération des peuples africains.
Prenant l’exemple de la révolution haïtienne, elle a expliqué que les expériences historiques d’Haïti peuvent permettre à l’AES d’anticiper certaines menaces et de renforcer ses mécanismes de résistance.
« Nous les avons déjà battus, donc vous pouvez aussi les battre », a-t-elle lancé à l’endroit des participants, soulignant que les peuples africains doivent demeurer dans une dynamique permanente d’autodéfense et de vigilance face aux nouvelles formes de domination.
L’universitaire haïtienne a également rappelé le rôle déterminant des femmes et des familles dans les luttes historiques pour l’indépendance d’Haïti, appelant à une mobilisation populaire totale autour des enjeux de souveraineté.
Le coordonnateur national de l’association « Deux heures pour nous, deux heures pour Kamita », analyste politique et consultant, Lianhoué Imothep Serges Bayala, a pour sa part indiqué que cette conférence traduit la solidarité active des diasporas africaines envers les pays membres de l’AES.
Pour lui, les participants venus de la diaspora constituent « des bibliothèques vivantes » venues partager leurs expériences avec la jeunesse burkinabè.
Il a expliqué que cette initiative s’inscrit dans une dynamique de diplomatie populaire visant à établir des ponts durables entre l’Afrique et ses diasporas historiques.
M. Bayala a également plaidé pour la mise en place, à terme, d’une liaison aérienne directe entre l’AES et les territoires antillais afin de renforcer les échanges humains, culturels et économiques entre les peuples africains et afro-descendants.
Les deux autres sous-thématiques, à savoir « Stress, trauma colonial et énergétique : ce que nos gènes gardent en mémoire pour la renaissance » et « L’Egypte pharaonique et les peuples du Sahel », ont été respectivement développées par l’historien et conférencier camerounais Dibombari Mbock, ainsi que par la consultante et conférencière Sonia Rémus de la Martinique.
Les conférenciers ont enfin exhorté la jeunesse africaine à combattre l’ignorance par la formation, la conscience historique et l’engagement patriotique afin de consolider les ambitions souverainistes portées par l’AES.
Agence d’Information du Burkina
