Dans l’est de la République démocratique du Congo, le conflit qui perdure malgré les pourparlers de paix a pris un nouveau tournant dramatique, les civils étant désormais frappés depuis les airs par des drones, loin de la ligne de front.
La région est en proie à des violences depuis plus de 30 ans, mais les combats se sont intensifiés début 2025 lorsque les combattants du M23, soutenus par le Rwanda, se sont emparés des villes clés de Goma et Bukavu, submergant les forces congolaises.
La semaine dernière, une attaque de drone a blessé au moins 25 civils à Mushaki, une zone agricole située à environ 40 kilomètres de Goma, désormais sous le contrôle du M23, selon des sources humanitaires.
Les blessés, parmi lesquels figurait une fillette de deux ans, ont été transportés à l’hôpital de Ndosho, dans la ville, soutenu par le Comité international de la Croix-Rouge.
Des témoins ont déclaré à l’AFP que la frappe avait touché un marché. Beaucoup ont indiqué qu’ils vaquaient à leurs occupations quotidiennes, loin de toute zone de combat.
« Je revenais du champs et me rendais au marché quand j’ai entendu une explosion », a déclaré Jean-Claude Tusenge, père de six enfants.
Il a raconté s’être évanoui après avoir été touché à l’estomac.
Germaine, 21 ans, blessée à la cuisse, se souvient également avoir vu des gens courir dans toutes les directions.
Elle craint désormais de retourner au marché, de peur qu’un drone ne frappe à nouveau sans avertissement.
Un enfant blessé
À l’hôpital de Ndosho, le chirurgien Amadou Soumah Sekou a décrit les blessures causées par la frappe de Mushaki.
« Certains patients présentaient des blessures abdominales, d’autres des blessures à la poitrine, au cou, à la tête et aux membres », a-t-il déclaré.
« J’ai entendu l’explosion d’une bombe. Quand je me suis retournée, j’ai vu que ma fille était blessée », raconte Espérance Amani, dont l’enfant de deux ans a été touché.
Les médecins n’ont pas encore pu retirer tous les éclats d’obus de son corps.
Malgré l’accord de paix fragile entre la RDC et le Rwanda, conclu en décembre sous la médiation des États-Unis, les combats se poursuivent.
Les drones sont devenus de plus en plus courants ces derniers mois.
Les forces congolaises, longtemps surpassées sur le terrain, se sont dotées de drones d’attaque turcs et chinois pour frapper les positions du M23 dans l’est.
Mais le groupe M23 utilise lui aussi des drones.
Ses combattants ont pris pour cible des sites tels que l’aéroport de la ville de Kisangani, dans le nord-est du pays, d’où décollent les avions utilisés par le gouvernement.
Civils en danger
La mission de maintien de la paix de l’ONU en RDC, la MONUSCO, a condamné une « vague d’attaques meurtrières visant des civils » dans l’est du pays, y compris l’attaque de Mushaki.
Les États-Unis ont également dénoncé cette attaque, sans toutefois nommer les responsables.
Le M23 a fréquemment accusé l’armée de mener des attaques meurtrières contre des civils.
Des experts de l’ONU ont identifié le M23 lui-même comme l’un des principaux auteurs de violations des droits de l’homme dans la région, où la dissidence est sévèrement réprimée dans les zones sous le contrôle du groupe armé.
En mars, le M23 a annoncé la mort de l’un de ses porte-parole, Willy Ngoma, lors d’une frappe de drone près de la mine de Rubaya, dans la province du Nord-Kivu.
