Le Maroc interrompra provisoirement ses importations de blé tendre entre le 1er juin et le 31 juillet, dans un contexte de nette amélioration de la campagne céréalière après plusieurs années de sécheresse. Rapportée par Reuters, cette décision marque un tournant pour un marché fortement dépendant des achats extérieurs depuis près d’une décennie et traduit le retour d’une production nationale capable de couvrir une part plus importante des besoins du Royaume.
Le Royaume s’apprête ainsi à suspendre, pendant deux mois, ses achats de blé tendre sur les marchés internationaux. L’information a été confirmée mercredi par Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie (FNM), dans une déclaration accordée à Reuters.
Cette mesure intervient après une campagne agricole marquée par un retour significatif des précipitations, ayant permis une forte amélioration des perspectives céréalières nationales après sept années de déficit hydrique quasi continu. Les professionnels du secteur évoquent une récolte nettement supérieure à celle de la précédente campagne, durant laquelle les rendements avaient été fortement affectés par la sécheresse.
Selon les estimations officielles relayées par Reuters, la récolte céréalière marocaine devrait atteindre environ neuf millions de tonnes cette saison, soit près du double du niveau enregistré lors de la campagne précédente. Cette progression concerne notamment le blé tendre, principale céréale consommée dans le Royaume et produit stratégique pour l’équilibre du marché alimentaire national.
Le retour des pluies a profondément modifié les équilibres du marché. Depuis plusieurs années, le Maroc figurait parmi les principaux importateurs de blé tendre de la région, les faibles récoltes locales obligeant les opérateurs à recourir massivement aux marchés internationaux afin d’assurer l’approvisionnement du pays.
Les données du ministère de l’Agriculture citées par Reuters montrent que les précipitations enregistrées durant l’hiver ont dépassé de 34% la moyenne des trente dernières années et atteint un niveau trois fois supérieur à celui observé lors de la précédente saison agricole. Cette amélioration des conditions climatiques a permis une extension sensible des superficies cultivées en céréales, passées de 2,6 millions à 3,7 millions d’hectares.
Dans les milieux agricoles, cette évolution était anticipée depuis plusieurs semaines, mais l’annonce d’une suspension temporaire des importations constitue néanmoins un signal important pour les marchés agricoles et les opérateurs de la filière meunière.
Entre juin 2025 et janvier 2026, les importations marocaines de céréales avaient encore progressé de 12%, atteignant environ sept millions de tonnes, selon Reuters. La France demeurait alors le principal fournisseur du Royaume, devant l’Argentine, la Russie, l’Allemagne et les États-Unis.
Cette amélioration de la production marocaine intervient dans un contexte international lui aussi marqué par des perspectives plus favorables sur le marché du blé. Selon les projections de la FAO et du département américain de l’Agriculture (USDA), la campagne mondiale 2025/2026 devrait se traduire par des récoltes parmi les plus élevées enregistrées ces dernières années, avec une production mondiale estimée à plus de 800 millions de tonnes. Plusieurs grands pays exportateurs, notamment en Europe, dans la région de la mer Noire et en Amérique du Nord, ont enregistré un redressement de leur offre céréalière après les tensions des précédentes campagnes.
