À peine sorti de plusieurs mois de détention en Algérie, Boualem Sansal n’a rien perdu de sa liberté de ton. Invité ce mardi de « La Grande Interview » sur CNews et Europe 1 à l’occasion de la parution de son nouvel ouvrage, « La Légende« , l’écrivain franco-algérien a livré l’une de ses critiques les plus frontales du pouvoir algérien.
Boualem Sansal hausse encore le ton contre le régime algérien. Quelques semaines après sa libération, l’écrivain franco-algérien a directement contesté la légitimité du président Abdelmadjid Tebboune, affirmant que ce dernier avait été « imposé par l’armée » et se comportait « comme un vulgaire dictateur ». Une charge d’une extrême virulence formulée mardi sur le plateau de CNews et Europe 1, à l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, « La Légende« .
Interrogé par Laurence Ferrari sur les circonstances de son arrestation en novembre 2024 et sur les mois passés derrière les barreaux, l’auteur a révélé avoir envisagé, dès le début de son incarcération, d’engager des poursuites contre le chef de l’État algérien.
« Je ne lui reconnais pas ce titre de président. Il n’a pas été élu. Il a été imposé par l’armée », a déclaré Boualem Sansal, avant d’ajouter que le dirigeant algérien se comportait « comme un vulgaire dictateur ».
Ces propos s’inscrivent dans une critique plus large du système politique algérien que l’écrivain développe depuis plusieurs années. La question du rôle de l’institution militaire dans les équilibres du pouvoir demeure en effet l’un des sujets les plus sensibles de la vie politique algérienne. Depuis l’indépendance, de nombreux observateurs considèrent l’armée comme un acteur central dans les processus de décision et les successions au sommet de l’État.
« Je me considère comme un otage »
Au cours de l’entretien, Boualem Sansal est également revenu sur les accusations qui ont conduit à sa condamnation à cinq ans de prison pour des faits liés notamment au terrorisme, à l’espionnage et à l’atteinte à la sûreté de l’État.
L’écrivain affirme n’avoir jamais obtenu la moindre preuve des faits qui lui étaient reprochés et considère sa détention comme une affaire essentiellement politique.
« Je me considère vraiment comme un otage », a-t-il affirmé, estimant avoir été utilisé dans le cadre des tensions diplomatiques entre Alger et Paris.
Selon lui, les poursuites engagées contre sa personne ne reposaient sur aucun élément tangible et relevaient davantage d’une opération politique que d’une procédure judiciaire ordinaire.
Cette lecture l’amène également à s’inquiéter du sort du journaliste français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie. Pour Sansal, sa libération devrait constituer un préalable indispensable à toute normalisation durable des relations entre Paris et Alger.
À ses yeux, le maintien en détention du journaliste traduit la volonté des autorités algériennes de conserver un moyen de pression dans leurs rapports avec la France.
Le régime algérien ne connaît que le rapport de force
Au-delà de son cas personnel, Boualem Sansal a livré une analyse sévère du fonctionnement du pouvoir algérien. Selon lui, le régime ne répond qu’à une logique de confrontation et de rapport de force.
« Le gouvernement algérien ne connaît que le rapport de force », a-t-il soutenu, jugeant que les autorités d’Alger ont progressivement réussi à imposer leurs conditions face à une France qu’il considère comme affaiblie sur les plans politique et diplomatique.
L’écrivain s’est notamment montré sceptique quant au récent rapprochement observé entre Paris et Alger. Il estime qu’un geste concret, à commencer par la libération de Christophe Gleizes, aurait dû précéder toute reprise des échanges au plus haut niveau.
Refusant de considérer sa grâce présidentielle comme l’aboutissement de son combat, Boualem Sansal affirme vouloir continuer à se battre pour obtenir la reconnaissance du caractère injustifié des accusations portées contre lui.
Loin de tourner la page, l’auteur entend poursuivre son combat sur le terrain judiciaire. Il dit vouloir obtenir son acquittement complet et réclamer des comptes à ceux qu’il juge responsables de son arrestation et de sa détention. Une démarche qui confirme que son affrontement avec le pouvoir algérien est loin d’être terminé.
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