Matières premières critiques, phosphates et dérivés : une analyse de CaixaBank Research met en évidence l’importance des exportations marocaines pour la résilience industrielle espagnole. Au-delà des flux financiers, c’est le caractère difficilement substituable de ces ressources qui structure désormais la relation économique bilatérale.
Le positionnement du Maroc au sein des chaînes d’approvisionnement européennes s’impose comme un axe stratégique majeur. Dans son Observatoire sectoriel du premier semestre 2026, CaixaBank Research identifie plusieurs ressources clés importées du Royaume parmi les plus sensibles pour l’appareil productif espagnol. Cette évaluation intervient dans un contexte européen de vigilance accrue autour de la souveraineté industrielle et de la sécurisation des flux logistiques.
L’institution financière a passé au crible 5 495 catégories de marchandises importées par l’Espagne afin de cartographier les vulnérabilités commerciales susceptibles d’impacter les secteurs moteurs de la croissance. Les critères retenus ( concentration des fournisseurs, dépendance hors Union européenne et complexité de substitution ) ont permis d’isoler un panier restreint de 46 produits hautement stratégiques.
Dans cette sélection, le Maroc apparaît aux côtés de partenaires économiques de premier plan comme la Chine, la Turquie ou l’Inde. Cette place reflète moins le volume global des transactions bilatérales que la nature spécifique des matières concernées, indispensables au fonctionnement d’industries clés de la péninsule ibérique.
Des intrants industriels non substituables
L’étude répertorie six produits d’origine marocaine majeurs pour l’économie espagnole. Quatre d’entre eux appartiennent à la nomenclature des matières premières critiques établie par l’Union européenne en raison de leur utilité industrielle et des risques liés à leur approvisionnement.
Pour deux de ces ressources, le niveau de dépendance de l’Espagne dépasse le seuil des 60 %. L’acide phosphorique illustre cette configuration : près de 80 % des volumes importés par Madrid proviennent du marché marocain. Composant de base de l’industrie des engrais, cet intrant conditionne la stabilité de la filière agroalimentaire espagnole, ce qui confère à toute variation de flux un impact systémique potentiel.
Les phosphates bruts occupent également une fonction pivot. Porté par l’importance de ses réserves mondiales et la structuration de son outil de transformation, le Maroc s’intègre directement en amont des processus de production agricoles et chimiques de la péninsule.
Vers une reconfiguration des perspectives bilatérales
Ces conclusions invitent à une lecture renouvelée des échanges entre Rabat et Madrid. Traditionnellement évalué à l’aune des investissements directs, du commerce courant ou du tourisme, le partenariat économique intègre désormais la dimension de la sécurité d’approvisionnement à long terme.
Les données macroéconomiques traduisent la densité de cette interconnexion. La part moyenne du Maroc s’élève à 39,2 % pour les matières premières critiques importées par l’Espagne, et s’établit à 32,9 % pour les autres segments vulnérables identifiés par CaixaBank Research.
Alors que l’Union européenne formule des politiques de diversification pour atténuer ses risques d’approvisionnement, la proximité géographique et la disponibilité de ces ressources positionnent le Maroc comme un maillon central de la résilience industrielle régionale.
