Au moins 19 soldats maliens, tués lors d’une attaque d’insurgés dans le nord du Mali, pourraient avoir été victimes de crimes de guerre, a déclaré mercredi Amnesty International, qui demande l’ouverture d’une enquête.
Le 18 juillet, au moins 50 soldats maliens ont été tués lors d’une attaque contre leur convoi, menée par des séparatistes touaregs et des groupes jihadistes alors qu’ils quittaient la ville stratégique d’Anéfis, dans le nord du pays, selon des responsables maliens.
Amnesty International indique avoir analysé 12 vidéos afin de reconstituer les faits. Selon l’organisation, trois de ces vidéos apportent des éléments laissant penser que des crimes de guerre ont été commis contre un groupe d’au moins 19 soldats maliens.
« Les images montrent clairement que les soldats étaient hors de combat avant d’être soumis à de mauvais traitements, puis exécutés sommairement », a déclaré Ousmane Diallo, chercheur principal d’Amnesty International sur le Sahel, dans un communiqué.
« Toute personne hors de combat, y compris les soldats capturés ou s’étant rendus, doit être protégée par le droit international humanitaire », a-t-il rappelé.
Début juillet, des combattants du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, avaient brièvement pris le contrôle de la ville d’Anéfis et encerclé une base militaire utilisée par l’armée malienne et les paramilitaires russes de l’Africa Corps. L’armée malienne a ensuite repris le contrôle de la ville.
L’attaque du 18 juillet contre le convoi quittant Anéfis a été revendiquée à la fois par le JNIM et le FLA. Amnesty précise que deux des vidéos analysées montrent un drapeau blanc caractéristique du JNIM.
L’une des vidéos montre des soldats maliens « marchant dans le désert, les mains derrière la tête, manifestement en train de se rendre », tandis qu’une autre séquence, filmée de près, montre les corps de ces mêmes soldats.
« Une autre vidéo montre un groupe d’hommes allongés au sol tandis que cinq hommes armés ouvrent le feu sur eux », ajoute l’organisation.
Selon Amnesty, les Conventions de Genève et le droit international humanitaire garantissent une protection absolue et inconditionnelle à toute personne hors de combat.
« Tout homicide, mauvais traitement ou atteinte à leur dignité constituerait un crime de guerre », souligne l’organisation.
Amnesty International appelle les autorités maliennes à mener une enquête indépendante et impartiale sur ces crimes de guerre présumés.
La semaine dernière, les Nations unies ont également réclamé une enquête sur l’ensemble des tueries.
Le JNIM et le FLA ont multiplié les attaques contre le gouvernement militaire malien ces derniers mois. En avril, ils ont lancé une vaste offensive au cours de laquelle ils se sont emparés de Kidal, ville stratégique du nord du pays, et ont tué le ministre malien de la Défense.
Le Mali est dirigé par une junte militaire depuis les coups d’État successifs de 2020 et 2021. Les autorités peinent à tenir leur promesse de rétablir la sécurité après des années d’insurrection jihadiste et séparatiste.
