Brahim Ghali, estime « peu probable » que les efforts de médiation menés par l’administration Trump pour résoudre le conflit du Sahara occidental « aboutissent », selon l’agence de presse espagnole Europa Press. Le chef de la milice séparatiste, pris en étau devant l’appui international au Maroc et le contenu des résolutions du Conseil de sécurité, tente de faire diversion.
Sa prise de parole s’explique par la perte de vitesse du groupe séparatiste au sein même des camps de Tindouf, couplée à un changement de paradigme dans le traitement du dossier. Brahim Ghali n’aurait pas vu d’un bon œil son exclusion des discussions avec la partie américaine qui a voulu écouter des représentants de «Sahraouis pour la paix», un groupe composé d’anciennes figures du Polisario ayant choisi la voie de la raison et dénonçant le statut quo.
En effet, la diplomatie américaine avait organisé une réunion le 30 juin entre l’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, et des représentants de «Sahraouis pour la paix» aussi connu sous le sigle « MSP » fondé en 2020. « Le Front Polisario est le seul et légitime représentant du peuple du Sahara occidental », a-t-il déclaré à l’agence de presse ibérique, refusant qu’une voix dissidente, qui échappe au narratif algérien, ne soit entendue.
« Il est le seul interlocuteur à mener le processus politique, représentant le peuple sahraoui, tout au long de ces 50 années », a-t-il déclaré au sujet du Polisario qui lutte pour sa survie politique.
Par ailleurs, il a souligné que « le Front Polisario, représentant du peuple sahraoui, ne renoncera pas à ses droits légitimes à l’autodétermination et à l’indépendance ». En d’autres termes, les membres du Polisario, s’inscrivent en porte à faux des résolutions du Conseil de sécurité qui privilégie une solution politique.
Brahim Ghali a voulu mettre en avant certains termes onusiens pour pousser vers sa théorie en avançant que « tout effort entrepris pour parvenir à un règlement du conflit, quelle qu’en soit l’origine, doit se fonder sur la nature juridique de la question du Sahara occidental » en ajoutant que celle-ci serait « un territoire non autonome en attente de décolonisation ».
Le chef de la milice séparatiste a occulté que c’est le Maroc qui a inscrit la question du Sahara espagnol auprès des Nations unies dès les années 1960 dans le cadre du processus de décolonisation, en revendiquant la restitution d’un territoire faisant historiquement partie de son intégrité territoriale.
Le Polisario utilise aujourd’hui le statut de « territoire non autonome » en faisant abstraction du contexte dans lequel cette inscription est intervenue et en présentant ce statut comme impliquant nécessairement l’indépendance, alors que le Maroc l’a inscrit pour obtenir la fin de la colonisation espagnole et le recouvrement de ses droits historiques sur le Sahara.
Le contexte réel de son inscription visait à accompagner un processus de décolonisation conduisant à la récupération du territoire par le Maroc, et non à préjuger de la création d’un nouvel État.
Par ailleurs, le statut de « territoire non autonome » est une catégorie administrative de l’ONU, et ce dernier ne signifie pas qu’il doit nécessairement devenir un État indépendant. En effet, plusieurs territoires inscrits sur cette liste ont accédé à d’autres statuts, comme l’intégration à un État existant ou une large autonomie.
Le terme « décolonisation » n’est pas non plus un synonyme d’« indépendance », puisque dans le droit international, la décolonisation peut emprunter plusieurs voies, conformément à la résolution 1541 (XV) de l’Assemblée générale des Nations unies, notamment l’indépendance, la libre association avec un État indépendant ou l’intégration à un État indépendant, sous certaines conditions.
Enfin, une autre composante de la nature juridique du Sahara est celle de l’allégeance historique (la « Bay’a ») des tribus sahraouies aux sultans marocains. La Cour internationale de Justice a confirmé et reconnu dans son avis consultatif du 16 octobre 1975 sur le Sahara occidental qu’il existait des liens juridiques d’allégeance entre le Sultan du Maroc et certaines tribus du Sahara. Ces relations témoignent de l’existence d’une autorité politique exercée par le pouvoir central sur ces territoires avant la colonisation espagnole.
En remettant en avant les notions de « territoire non autonome » et de « décolonisation », Brahim Ghali cherche à réinscrire le débat dans le cadre juridique qu’il estime le plus favorable à sa cause. Mais dans un contexte marqué par le renforcement des soutiens internationaux au plan d’autonomie marocain et par une évolution du traitement diplomatique du dossier, le Polisario ne saurait faire le poids ni décourager les Etats-Unis qui mènent des efforts de médiation diplomatique depuis octobre dernier.
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