En RDC, la 17ᵉ épidémie d’Ebola est désormais la plus importante que le pays a connue avec plus de 3 900 cas et 1 801 décès confirmés. La riposte contre la maladie se poursuit dans les cinq provinces touchées, à savoir le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo.
Mais une possible propagation de l’épidémie suscite toujours des inquiétudes, notamment avec le bateau transportant des passagers en provenance de la Tshopo, bloqué mercredi (05.08) aux abords de Kinshasa, à la suite d’un décès suspect pouvant être lié à la maladie à virus Ebola.
Le passager est décédé dans la province de la Mongala, à plus de 1 200 km de Kinshasa, après avoir présenté des symptômes de fièvre et de diarrhée. Même s’il n’est pas confirmé que ce passager soit mort d’Ebola, le bateau est maintenu en quarantaine, par mesure de précaution, à environ 65 kilomètres de Kinshasa, la capitale. Un laboratoire mobile a été déployé pour dépister l’ensemble des voyageurs. Les passagers, gardés à bord depuis hier, ont été testés. Les résultats de ces prélèvements seront envoyés à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).
Réévaluation de la stratégie de riposte
C’est dans ce contexte que l’Africa CDC annonce une réorientation de la stratégie de la riposte sanitaire. Douze semaines après sa déclaration, l’épidémie d’Ebola est devenue l’une des plus graves jamais enregistrées en République démocratique du Congo. Face à cette situation, les autorités sanitaires ont donc décidé de réévaluer leur stratégie.
“Il y a des pistes que nous avons décidé », confirme le directeur général de l’Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Jean Kaseya.
« La première piste est d’aller au niveau des villages, Impliquer les villages. La deuxième piste : accélérer la recherche des médicaments et des vaccins et même étendre déjà l’utilisation de ce que nous avons. La troisième piste, c’est de considérer les aspects humanitaires, y compris la rentrée scolaire, pour que ce ne soit pas une opportunité de diffuser encore l’épidémie. La quatrième piste, c’est la gratuité des soins. Et cette gratuité de soins va s’imposer à tous. Et la dernière piste, c’est cette coordination et la traçabilité », explique Jean Kaseya.
Dans cette lutte contre Ebola, la RDC peut compter sur plusieurs partenaires, dont l’OMS, l’Unicef, mais aussi les Etats-Unis. Washington a annoncé, ce mercredi, avoir alloué plus de 242 millions de dollars supplémentaires pour lutter contre l’épidémie. Cela porte à plus de 500 millions de dollars l’aide financière directe apportée par les Etats-Unis en réponse à l’épidémie d’Ebola.
La contestation monte en Ituri
Des dizaines de membres du personnel médical engagés dans la riposte contre Ebola ont manifesté, ce jeudi (06.08). Infirmiers et hygiénistes réclament deux mois d’arriérés de primes de prestations. Selon eux, les prestataires de santé ne sont pas prises en charge par les autorités sanitaires du pays, malgré plusieurs promesses. Ils ont choisi le cabinet du gouverneur militaire pour exprimer leur ras-le-bol.
« Nous avons reçu des promesses et des montants qu’on est en train de débloquer, des millions de dollars. Mais chez nous, nous n’avons encore rien reçu de tout ce qu’on nous promet. »
« Aujourd’hui nous manifestons avec nos collègues pour avoir une réponse de l’autorité provinciale. Ce qu’il va nous dire va nous permettre de retourner au travail. S’ils veulent que nous travaillions, ils doivent nous payer. C’est tout. »
Ce mécontentement des agents de santé paralyse la surveillance, le traçage des contacts et les soins, compromettant gravement l’efficacité de la riposte sanitaire.
776 personnes ont été guéries d’Ebola depuis le début de l’épidémie. Ce qui confirme qu’une prise en charge précoce dans un centre de traitement Ebola augmente les chances de rétablissement des patients.
Auteur: Wendy Bashi, Marcus Loika, Nafissa Amadou
