Le parquet espagnol a recensé 23 agressions sexuelles visant des migrants à Sebta occupée depuis la vague d’entrées massives survenue dans la ville le 30 juillet dernier, dont cinq viols. Les autorités judiciaires ont ouvert des enquêtes visant huit hommes soupçonnés d’être impliqués dans plusieurs de ces faits, selon des informations rapportées par des médias espagnols.
D’après les données du parquet, les personnes faisant actuellement l’objet d’enquêtes sont quatre Marocains, trois Espagnols et un Belge. L’identité des autres personnes soupçonnées d’avoir commis les agressions enregistrées ces dernières semaines n’a pas encore été établie.
Le parquet avait annoncé lundi, dans un premier temps, 21 cas, avant de réviser son bilan à la hausse pour atteindre 23. Cinq faits sont classés comme des viols. Parmi les victimes figurent neuf filles et mineures âgées de 14 à 17 ans, ainsi qu’un homme issu de la communauté LGBT, lui aussi victime d’une agression sexuelle.
Ces données interviennent près d’un mois après une importante vague d’entrées irrégulières à Sebta occupée. Selon les sources espagnoles, entre 70.000 et 80.000 personnes auraient participé à ce mouvement depuis le 30 juillet, mettant sous pression croissante les structures d’accueil ainsi que les services sociaux et de sécurité. Certains arrivants continuent de se retrouver dans les rues ou dans des sites d’hébergement provisoires.
La ministre espagnole de l’Égalité, Ana Redondo, a évoqué les chiffres du parquet lors de son audition devant la Commission de l’égalité de la Chambre des représentants, où elle a présenté les mesures prises par son ministère dans le contexte de la crise migratoire. Elle a précisé que les neuf mineures concernées par les faits recensés avaient été prises en charge dans un centre spécialisé dans les interventions en matière de violences sexuelles, fonctionnant 24 heures sur 24.
Mme Redondo a indiqué que son ministère avait demandé que les victimes puissent rester au sein du centre au-delà de la durée actuellement fixée à 72 heures lorsqu’aucune alternative « fiable et sûre » n’est disponible. Elle a également appelé à maintenir les services psychologiques, médicaux et juridiques dans l’établissement 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
La ministre a condamné les agressions, affirmant qu’« il n’y a pas de place pour les calculs politiques face aux violences sexuelles ». Elle a parallèlement mis en garde contre toute tentative de faire porter à des groupes entiers la responsabilité des actes commis par certains individus en raison de leur origine ou de leur couleur de peau, soulignant que « la responsabilité de l’agression incombe toujours à celui qui la commet ».
Ana Redondo a ajouté que le débat entourant la crise migratoire à Sebtta connaît, selon son évaluation, une propagation de discours et de comportements racistes. Elle a assuré que les autorités ne permettraient pas que la souffrance des victimes soit utilisée pour stigmatiser ou alimenter la haine, alors que la prise en charge judiciaire et sociale des cas recensés se poursuit.
La procureure générale de l’État, Teresa Peramato, s’était rendue jeudi dernier à Sebta occupée, accompagnée de la procureure supérieure d’Andalousie, Ana Tárrago, et de la procureure coordinatrice chargée des mineurs, Teresa Gisbert. À l’issue de cette visite, elle avait indiqué que le parquet local l’avait informée d’une hausse de certaines catégories de délits, notamment ceux liés aux agressions sexuelles.
Le 27 août, le parquet avait recensé 16 affaires concernant 17 victimes, avant d’ajouter lundi sept nouveaux cas au registre, portant le bilan à 23 agressions. Lors de sa visite, Mme Peramato avait également souligné la « vulnérabilité particulière » des mineures migrantes dans le contexte de la crise de l’accueil.
La procureure générale a expliqué que l’action du parquet concernant les mineurs se concentrait sur leur protection et sur le contrôle des mesures prises par les institutions lorsqu’elles ont des conséquences sur leur situation. Il a également été décidé de renforcer l’équipe du parquet présente à Sebta, actuellement composée de neuf membres, avec trois procureurs supplémentaires afin de contribuer au traitement des dossiers liés à la crise.
La Cour supérieure de justice d’Andalousie avait par ailleurs annoncé, le 12 août, le placement en détention de deux ressortissants marocains et l’éloignement d’Espagne d’un troisième suspect, dans le cadre de l’enquête sur deux agressions sexuelles commises à Sebta occupée. Les autorités avaient alors précisé que les procédures judiciaires reposaient encore sur des soupçons et qu’aucune condamnation définitive n’avait été prononcée.
Dans ces affaires, la justice avait recueilli à l’avance les témoignages des victimes et des témoins, conformément aux garanties légales permettant leur utilisation ultérieure lors d’un éventuel procès, afin d’éviter aux victimes d’avoir à raconter à nouveau les faits devant le tribunal.
