Les victimes du chef de guerre centrafricain, Martin Koumtamadji, alias Abdoulaye Miskine, attendent beaucoup de cette audience qui a repris ce 31 août, à N’djamena. L’affaire est suivie de près par la justice centrafricaine. Abdoulaye Miskine, l’une des figures les plus controversées des conflits armés en République centrafricaine, est né en 1965 au Tchad, d’un père tchadien et d’une mère centrafricaine et grandit en Centrafrique après le décès de son père.
Cet infortuné, devenu commerçant, puis chef de guerre, a combattu les rebelles de François Bozizé.
Abdoulaye Miskine entre en rébellion en fondant en 2004 le Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) dont l’objectif affiché est de renverser le nouveau régime de .
Accusé de prises d’otages, de rackets et d’exactions, il est cité dans plusieurs rapports de l’ONU et d’organisations de défense des droits humains. C’est au Tchad qu’il a été arrêté le 19 novembre 2019.
»Il y a de cela plus de 3 ans, il y avait une procédure ici devant la cour centrafricaine contre Abdoulaye Miskine et en ce temps, le cabinet d’instruction qui était en charge du dossier de cette procédure avait décerné un mandat d’arrêt international à l’encontre d’Abdoulaye Miskine, lequel mandat a été régulièrement transmis à la justice tchadienne », témoigne
Narcisse Issa Bandengba, le premier substitut de base du procureur de la République de la RCA.
Demandes d’extradition restées lettre morte
Malgré la coopération judiciaire entre Bangui et N’Djamena, les demandes d’extradition visant Abdoulaye Miskine n’ont jamais abouti.
En Centrafrique, Charlie Ouagotto, ancien otage du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), se souvient encore des épreuves qu’il a traversées durant sa captivité.
»Ils m’ont pris, ainsi que mes clients Ils ont incendié mon véhicule neuf. Ils nous ont retenus comme otages durant trois mois et demi. Nous avons été libérés grâce à l’action de l’abbé Mathieu » témoigne l’ex-otage.
La justice tchadienne incrimine Abdoulaye Miskine pour les faits de crime commis à Batangafo et Kabo dans le nord de la Centrafrique, contre des Tchadiens.
Procès politique
Cependant, les avocats d’Abdoulaye Miskine notent l’absence de la partie civile à ce procès. Ce qui, selon eux, ne permet pas au dossier d’avancer. Ils dénoncent une affaire politique et plaident pour un acquittement pur et simple de leur client.
Ils contestent également la compétence territoriale de la justice tchadienne, en soutenant que des faits liés à ses activités en Centrafrique devraient être examinés à Bangui.
« Je crois que le procès qui s’ouvre, je ne sais pas, on parle de partie civile. Est-ce le gouvernement tchadien qui est partie civile ou il y a des gens en particulier qui se constituent partie civile, je n’en sais rien. Si Abdoulaye Miskine est arrêté au Tchad, il faudrait que la justice tchadienne soit claire », affirme Clément Nobona, ancien député centrafricain qui suit de près cette affaire. Il y voit pour sa part les difficultés de la justice tchadienne à juger une affaire criminelle sans la partie civile.
L’audience qui reprend ce vendredi 4 septembre à N’Djaména et sera marquée par le début des réquisitions du ministère public.
Auteur: Jean-Fernand Koena
