Le coup de force qui a failli renverser le général Abdourahamane Tiani révèle des fractures profondes au sein de l’armée, tandis que les arrestations se multiplient à Niamey. Décryptage dans la Semaine de Jeune Afrique sur RFI.
Il n’a pas pris publiquement la parole, mais Abdourahamane Tiani a fait sa première apparition médiatique le vendredi 4 septembre lors d’un Conseil des ministres, soit une semaine après la mutinerie qui a fait vaciller la junte nigérienne. « A minima, c’était une mutinerie, qui a failli tourner en coup d’État », décrypte Matthieu Millecamps, rédacteur en chef adjoint, au micro de Sophie Pouzeratte dans la Semaine de Jeune Afrique, sur RFI.
Si Niamey a déjà été le théâtre d’affrontements et de tirs nourris, notamment lors d’attaques revendiquées par le Jnim et l’État islamique dans la capitale nigérienne, « c’est la première fois que des membres de l’armée nigérienne s’en prennent à d’autres membres de l’armée nigérienne, ajoute Matthieu Millecamps. La première fois que la présidence et la télévision nationale sont attaquées. »
Un sentiment d’abandon
Les autorités du Niger défendent la thèse d’un « mouvement d’humeur », alimenté par des commanditaires étrangers. Derrière cette mutinerie se trouvent de jeunes officiers, des soldats des forces spéciales, basés dans le Tillabéri. « Ils se sentent oubliés, abandonnés par leur hiérarchie, et donc par Abdourahamane Tiani », ajoute le rédacteur en chef adjoint de Jeune Afrique. Une grande partie des unités nigériennes n’a d’ailleurs pas bougé pendant la mutinerie. Le général Tiani a dû compter sur la Garde présidentielle et sur les militaires russes d’Africa Corps.
Si le flou persiste autour des vrais commanditaires et des soutiens de cette mutinerie, « un parfum de paranoïa flotte sur Niamey », analyse Matthieu Millecamps, citant des arrestations de militaires et de civils, dont deux anciens ministres. Le journaliste Moussa Kaka est aussi porté disparu. « Des sources parmi les agents des services de sécurité et de renseignement nous ont affirmé que certains d’entre eux peinent même à faire face, tant le nombre d’arrestations, et donc d’auditions, se multiplie. »
