Dans son article, Jeune Afrique revient notamment sur les réseaux de trafic de drogue. Des réseaux qui auraient été mis en place au Niger, avant et après l’avènement du régime militaire actuellement au pouvoir. Ces activités illicites sont facilitées par les frontières poreuses avec le Mali, l’Algérie et la Libye. Une porosité qui contribuerait à la circulation des cargaisons de drogue en provenance du golfe de Guinée.
L’enquête évoque par exemple le nom de Chérif Ould Abidine, un homme d’affaires nigérien, aujourd’hui décédé. Le document fait également mention de ses protégés, comme Goumour Atoua, dit Bidika. Selon l’enquête de nos confrères, celui-ci serait l’un des parrains du trafic de drogue nigérien.
Il est aussi question des relations entre les milieux des trafiquants et le monde politique. Mais aussi du rôle joué par l’Union des Nigériens pour la vigilance et le patriotisme (UNVP), une organisation civile née après le putsch de 2023 et qui vient en appui du pouvoir militaire pour, officiellement, « renforcer la présence citoyenne dans les différentes régions », à travers des comités de vigilance.
L’enquête a suscité beaucoup de réactions négatives à Niamey
Pour certains, le pays progresse dans sa lutte contre les trafiquants grâce aux opérations de l’Office central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS). C’est ce que met par exemple en avant la télévision d’Etat du Niger, qui accuse la France de chercher « des alibis » et de présenter le Niger comme un pays de transit du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. L’objectif, selon les autorités nigériennes, serait de placer Niamey dans le viseur des Etats-Unis.
L’Office central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, qui communique régulièrement sur ses actions de saisie de drogues, n’a pas souhaité s’exprimer à notre micro.
En août dernier, l’Office central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants a fait état d’une importante saisie de cannabis à Agadez. En mai, à Zinder, environ 268 kilos de cocaïne auraient été saisis. Les autorités en charge de la lutte contre le trafic de stupéfiants au Niger affirment que, régulièrement, des réseaux de trafiquants sont démantelés.
Le Niger, un corridor entre les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest
La cocaïne arrive depuis l’Amérique latine, et les pays d’Afrique du Nord, comme la Libye ou l’Algérie. Les cargaisons prennent ensuite le chemin de l’Europe, qui reste l’un des principaux marchés de consommation. Ce trafic est documenté par des experts en sécurité et des rapports de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).
est le représentant régional pour l’Afrique de l’Ouest et centrale de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Il occupe ce poste depuis mars 2021, supervisant les programmes de l’organisation dans plus de vingt pays de la région. Dans un entretien accordé à la DW, en 2024, il soulignait l’augmentation du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest.
« Le trafic de cocaïne vers l’Afrique de l’Ouest est en augmentation. On a vu des saisies au Cap-Vert, au Sénégal, en Gambie, en Guinée-Bissau, au Liberia, en Côte d’Ivoire. On a aussi vu vraiment une augmentation du trafic de cocaïne vers le Togo et le Bénin. »
L’augmentation du trafic et de la consommation locale de drogue est aussi marquée par une diversification des produits qui circulent dans la région, expliquait sur cette même antenne François Patuel, chef de l’Unité recherche et sensibilisation du bureau régional de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, située à Dakar.
« Le constat, c’est qu’il y a à la fois une diversification des produits qui sont en circulation, qui rentrent dans la région, mais qui sont aussi parfois fabriqués dans la région. Mais depuis quelques années, on se rend compte qu’il y a une intensification des flux de trafic de cocaïne avec des saisies de plusieurs tonnes, par exemple au niveau maritime, et des saisies de plus d’une tonne au niveau terrestre. »
Des efforts mais….
Pour en revenir au Niger, certes le pays fournit des efforts pour lutter contre le trafic en menant des opérations de répression, mais la mission reste difficile, d’autant qu’il y a dans la région d’autres trafics comme celui des armes, de l’or ou encore des médicament. L’expert en sécurité, Philippe Assalé, insiste sur l’échec des Etats concernéspar cette lutte, notamment en raison de l’immensité du territoire sahélien, difficile à contrôler.
« Le Sahel souffre d’une asymétrie géographique flagrante. Nous parlons d’espaces désertiques et semi-désertiques gigantesques sur des milliers de kilomètres. Les États sahéliens ont ce qu’on appelle une capacité de projection limitée. Leurs armées contrôlent les capitales et les grands axes, mais la périphérie échappe à leur souveraineté. Donc les marchés de contrebande s’installent dans les zones grises, souvent à la frontière des trois pays, comme le Liptako Gourma, entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où la police et les douanes ne mettent jamais les pieds. »
explique aussi qu’il est difficile de lutter contre ce phénomène, en raison de la puissance financière dont disposent les trafiquants et qui leur permet de corrompre des responsables jusqu’au sommet de l’Etat.
« On ne peut pas faire circuler des tonnes de cocaïne ou des milliers de litres de carburant sans complicités internes. Donc l’économie de guerre a généré ce que nous appelons des réseaux d’intérêts hybrides. Les profits du trafic sont tellement colossaux qu’ils permettent de corrompre des segments entiers de l’appareil sécuritaire et politique. Certains intermédiaires, parfois proches des cercles du pouvoir ou des élites locales, ont un intérêt financier direct à ce que l’instabilité persiste pour maintenir leurs affaires. »
Face à des réseaux de plus en plus organisés, il est donc difficile pour les Etats d’empêcher que le Sahel soit considéré comme un corridor de transit majeur pour la cocaïne et d’autres stupéfiants, comme le cannabis, vers les marchés internationaux.
Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, les routes de la drogue se diversifient et les saisies atteignent des niveaux records. Entre septembre 2025 et mai 2026, près de 40 tonnes de cocaïne ont été interceptées lors de plusieurs opérations majeures impliquant des cargaisons en provenance ou transitant par la région.
L’ONUDC estime que l’Afrique de l’Ouest n’est plus seulement une zone de transit, mais devient progressivement un espace de stockage et de production, avec l’installation de laboratoires de transformation.
Auteur: La rédaction francophone de la DW
