Le rapport annuel remis le 1er octobre 2026 par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, aux membres du Conseil de sécurité marque un tournant qualitatif dans le traitement du différend territorial sur le Sahara marocain.
Premier document consécutif à l’adoption de la résolution 2797 (2025), ce texte acte le déplacement irréversible du processus politique : l’affrontement idéologique stérile sur le statut théorique du territoire cède définitivement la place à l’examen pragmatique des modalités concrètes d’un règlement négocié, structuré de manière exclusive autour de l’initiative marocaine d’autonomie.
Dans une note d’analyse stratégique publiée par le Policy Center for the New South, le diplomate et chercheur principal au PCNS, Mohammed Loulichki, livre un décryptage minutieux des enjeux de cette nouvelle phase, et des implications politiques et institutionnelles de cette évolution.
L’étude souligne que le rapport onusien valide l’ouverture d’une nouvelle phase sous impulsion américaine et facilitation de l’ONU, marquée par trois cycles de discussions approfondies tenus au premier trimestre 2026 entre les quatre parties concernées, à savoir le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le polisario.
Cette dynamique traduit l’engagement effectif des acteurs sur la substance même du projet d’autonomie et sur son ingénierie de déploiement.Une architecture transitoire guidée par l’initiative de 2007L’une des avancées majeures analysées par le PCNS réside dans les discussions portant sur la mise en place d’une période d’accompagnement et d’un Conseil de transition, évoqués aux paragraphes 8 à 10 et 13 du rapport de l’ONU.
Mohammed Loulichki rappelle opportunément que ce concept ne constitue en rien une concession ou un artifice inédit, mais prolonge directement la logique du paragraphe 32 de la proposition marocaine d’autonomie du 11 avril 2007.
Cette disposition prévoyait déjà la création d’un organe transitoire composé des représentants des parties pour gérer la phase intérimaire, coordonner le rapatriement des populations des camps et conduire les opérations de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR).L’analyse nuance toutefois la portée de ces pourparlers en rappelant qu’aucun organe transitoire ni accord-cadre ne saurait être considéré comme déjà acté à ce stade.
En observant les précédents internationaux, qu’il s’agisse des mécanismes de paix en Bosnie-Herzégovine, de l’administration intérimaire au Kosovo ou des arrangements à Bougainville,, l’expert du PCNS rappelle que la transition doit être comprise comme un instrument négocié et adaptable. Elle vise à transformer progressivement le compromis politique d’autonomie sous souveraineté marocaine en une réalité institutionnelle vivante, en instaurant la confiance nécessaire entre l’ensemble des acteurs.
Un système de garanties juridiques à quatre niveaux
Pour assurer la viabilité, l’irréversibilité et la pérennité du statut d’autonomie, l’étude du PCNS décrypte l’ingénierie des garanties débattues dans le cadre du processus onusien.
L’architecture envisagée repose sur quatre piliers internes : l’exécution de bonne foi de l’accord négocié, la constitutionnalisation du statut d’autonomie dans l’ordre juridique marocain conformément au paragraphe 29 de l’initiative de 2007, le verrouillage de toute modification unilatérale sans le consentement explicite des parties, et la mise en place de mécanismes juridictionnels dédiés au règlement des différends.À ces verrous internes s’ajoute l’hypothèse d’une garantie internationale.
S’appuyant sur les précédents de l’Accord du Vendredi Saint de 1998 en Irlande du Nord (garanti par Londres et Dublin) ou des accords de 2012 entre le gouvernement colombien et les FARC (garantis par la Norvège et Cuba), l’analyse suggère que les coprésidents du processus, en premier lieu les États-Unis, pourraient assumer ce rôle de garants internationaux.
Mohammed Loulichki rappelle également les précédents des plans Baker I (2001) et II (2003), où les rôles de garants avaient été successivement dévolus aux puissances tierces puis à l’ONU.
Vers la mutation stratégique de la MINURSO en MINUARSO
Le rapport d’octobre 2026 révèle parallèlement l’existence de réflexions avancées sur l’adaptation future du mandat de la mission onusienne. Lors de consultations à huis clos au Conseil de sécurité le 23 avril 2026, le Département des affaires politiques des Nations Unies a mis en garde contre toute révision prématurée de la mission tant que les négociations sont en cours, recommandant le renouvellement habituel de son mandat pour une durée d’un an, jusqu’au 31 octobre 2027.
Cependant, la revue stratégique engagée indique que la mission est appelée à passer d’un simple dispositif de surveillance du cessez-le-feu à une véritable variable du règlement politique. En cas d’accord, son rôle s’orienterait vers la facilitation du retour volontaire des réfugiés, l’observation de la sécurité et l’appui technique aux programmes de désarmement et de réinsertion.
Pour traduire cette mutation fonctionnelle, la mission pourrait voir son acronyme évoluer de MINURSO vers MINUARSO (Mission des Nations Unies pour l’accompagnement du règlement au Sahara occidental).
Consultation participative et requête mauritanienne
L’étude du PCNS entreprend un travail de clarification décisif sur deux passages complexes du rapport du Secrétaire général. Concernant la « consultation significative » des populations mentionnée au paragraphe 61, Mohammed Loulichki démontre que cette formulation ne saurait en aucun cas interpréter un retour au dogme référendaire définitivement caduc.
À la lumière de la résolution 2797, il s’agit d’intégrer une dimension participative et démocratique visant à recueillir l’adhésion des habitants à la solution d’autonomie négociée. Les visites d’information promues par le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) vers Laâyoune et Dakhla s’inscrivent précisément dans cette volonté de confronter les réfugiés de Tindouf à la réalité socio-économique du terrain.
S’agissant de la requête formulée par la Mauritanie en vue d’une « clarification consensuelle des frontières », l’expert écarte toute velléité de revendication territoriale de la part de Nouakchott, qui s’est retiré du conflit dès 1979 et reconnaît le principe d’intangibilité des frontières.
Cette démarche mauritanienne répond principalement à des préoccupations d’ordre économique et sécuritaire, liées notamment au statut particulier de la presqu’île de Ras Nouadhibou (Cap Blanc) et de la zone de Lagouira, située à proximité immédiate du pôle portuaire de Nouadhibou.
Pour la Mauritanie, l’enjeu consiste à prévenir un risque de marginalisation logistique face à la montée en puissance du complexe portuaire de Dakhla Atlantic, tout en s’assurant une intégration dans les futurs corridors commerciaux transfrontaliers.
Le Maroc, fidèle à sa ligne de partenariat stratégique et de bon voisinage, disposera ainsi d’un cadre bilatéral rénové pour fixer définitivement les délimitations terrestres et maritimes avec Nouakchott une fois le statut d’autonomie définitivement entériné.
En conclusion, cette analyse approfondie du PCNS estime que la résolution du Conseil de sécurité attendue à la fin de ce mois d’octobre 2026 devra franchir un cap décisif. Elle aura pour mission de consacrer sans équivoque le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine comme la seule et unique feuille de route du processus politique, levant ainsi toute ambiguïté sur la finalité des négociations.
