Alors que la République démocratique du Congo (RDC) fait face à la plus meurtrière épidémie d’Ebola de son histoire, la République centrafricaine (RCA), pays voisin, a renforcé les contrôles à ses frontières.
Des dépistages sont effectués quotidiennement auprès des nombreux voyageurs qui franchissent la frontière. La grande majorité des quelque 10 000 cas recensés à ce jour dans le cadre de la dernière flambée épidémique du virus Ebola en Afrique ont été enregistrés en RDC. À Bangui, la capitale centrafricaine, les autorités craignent que la maladie ne se propage de l’autre côté de la rivière Oubangui, qui sépare les deux pays.
Au débarcadère de M’Poko Bac, dans le district de Bimbo, au sud-ouest de la capitale, les voyageurs qui viennent de traverser le fleuve depuis la RDC se lavent les mains sous le regard attentif d’un agent de santé, avant de se soumettre à une prise de température.
« Les passagers qui arrivent en pirogue accostent au point d’entrée. Ensuite, ils débarquent un par un », explique Maldiana Bagalama, chargée du contrôle sanitaire sur le site.
« Un de nos agents les oriente vers le point de lavage des mains. Ensuite, nous les sensibilisons à la situation, avant de les diriger vers la tente pour la prise de température et l’enregistrement de leurs informations », ajoute-t-elle.
Les craintes de voir cette épidémie, qui a déjà fait près de 5 000 morts, atteindre la Centrafrique sont renforcées par la présence du virus dans trois provinces congolaises frontalières du pays.
À cela s’ajoute une frontière poreuse et largement dépourvue de surveillance, qui s’étend sur plus de 1 500 kilomètres.
Si la RDC demeure l’épicentre de l’épidémie, le virus s’est néanmoins propagé dans plusieurs autres régions du continent. Plusieurs cas ont notamment été signalés au Kenya et un autre détecté jusqu’au Nigeria, à l’ouest du continent.
Transmis par contact avec des fluides corporels et provoquant une fièvre hémorragique sévère, le virus Ebola a déjà fait plus de 15 000 morts en Afrique au cours des cinquante dernières années.
Malgré les risques, l’activité économique se poursuit à un rythme soutenu le long de la rivière Oubangui.
Pêcheurs, conducteurs de pirogues, vendeurs de poisson frais et bien d’autres dépendent de cette voie navigable essentielle qui relie les deux pays.
« Un contact permanent »
« Nous sommes inquiets parce que nous travaillons ici, juste au bord du fleuve. Si Ebola arrive jusqu’ici, nous serons les premières victimes. Nous demandons au ministère de la Santé de prendre des mesures de précaution beaucoup plus importantes », déclare Neige, vendeuse de poisson et mère de trois enfants.
À quelques mètres de là, Foxy Yeti Nzapa, 25 ans, transporte des passagers à bord de sa pirogue. Père de deux enfants, il craint que les déplacements entre les deux pays ne l’exposent au virus.
« Il est difficile de trouver du travail en République centrafricaine et c’est ma seule source de revenus. Ce qui m’inquiète, c’est que les personnes que nous ramenons de l’autre côté du fleuve pourraient également nous exposer au risque, puisque nous assurons le transport entre les deux pays sans aucune protection. C’est dangereux », explique-t-il.
« De l’autre côté, nous apprenons parfois que telle ou telle personne est morte d’Ebola. Moi aussi, je pourrais être contaminé. Nous avons donc besoin de mesures de prévention pour nous protéger, car nous sommes en contact permanent avec les populations de l’autre rive », insiste Foxy.
Ses inquiétudes sont partagées par les autorités centrafricaines, qui affirment avoir renforcé les contrôles aux frontières.
Ne jamais être suffisamment préparé
« Nos points d’entrée sont dotés de personnels de santé, d’agents des Eaux et Forêts, des Douanes, de la Protection civile et des Forces de sécurité intérieure », explique le docteur Valentin Nebanga, responsable départemental au ministère de la Santé.
« Tous les passagers, qu’ils arrivent ou qu’ils partent, font systématiquement l’objet d’un contrôle effectué par les agents de santé communautaires.
« Ceux-ci prennent leur température et posent aux voyageurs une série de questions à l’aide d’un formulaire standardisé », ajoute-t-il.
En complément de ces contrôles, les autorités ont lancé des campagnes de sensibilisation.
Les chefs de quartier, les responsables communautaires et les leaders religieux sont mobilisés pour relayer les consignes de prévention auprès des habitants.
Pour Valentin Nebanga, la préparation consiste également à maintenir la population mobilisée et à veiller à ce qu’elle comprenne l’importance des mesures de protection, notamment tant qu’aucun cas n’a été signalé en Centrafrique.
Pourtant, aux abords du fleuve, les inquiétudes grandissantes des habitants sont de plus en plus visibles dans leur quotidien. Pour ceux qui vivent du transport fluvial, de la pêche ou du commerce, éviter les déplacements n’est pas toujours une option.
« Nous n’avons encore enregistré aucun cas, mais notre principal défi reste de fidéliser le personnel et de maintenir son engagement », souligne Valentin Nebanga.
Mais « nous ne sommes jamais totalement prêts », reconnaît-il.
