En République démocratique du Congo, la Coalition Article 64, la C64, envisage de rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, pour tenter de rapprocher les deux hommes.
Une démarche qui rappelle celle déjà entreprise par les églises catholique et protestante. Mais l’initiative suscite des réserves, notamment au sein du parti présidentiel.
La neutralité de la C64 mise en doute
À l’Union pour la démocratie et le progrès social, l’UDPS, de Félix Tshisekedi, on doute de la neutralité de la C64, une coalition d’opposants au pouvoir du président congolais, dont on renvoie même les membres à la Constitution.
» Dans cette situation, soit on se range du côté du peuple congolais agressé, du côté de la défense de l’intégrité du territoire, soit on se range du côté de l’ennemi », précise Déo Bizibu, secrétaire général désigné par la Convention démocratique du parti, la CDP, qui estime egalement que » la C64 n’a pas à prétendre avoir une certaine neutralité. Tout le monde sait que monsieur Joseph Kabila est le bras droit de monsieur Paul Kagame dans ce pays. Il s’agit là de voiler leur complicité vis-à-vis de l’ennemi. »
Les femmes plaident pour le retour au dialogue
Les femmes, elles, insistent sur l’urgence de la paix. Premières victimes des conflits armés, elles redoutent de continuer à perdre leurs enfants dans une guerre qui ne fait que se répéter.
» C’est nous qui allons perdre les enfants des deux côtés. Nous, les mamans. Et ceux qui sont du côté du gouvernement, ou ceux qui sont du côté de la rébellion, sont tous nos enfants « , rappelle Liberata Rubumba Buratwa, militante des droits des femmes et des jeunes filles, avant de plaider pour leretour du dialogue.
« Nous ne pouvons encourager que le dialogue, parce que la guerre n’a jamais résolu un problème. Nous voulons la paix. Rien que la paix. Nous souhaitons un dialogue », insiste-t-elle.
Ces lignes rouges qui compliquent le dialogue
C’est justement ce dialogue que le président Félix Tshisekedi a récemment annoncé vouloir préparer. Mais les lignes rouges qu’il a posées, notamment l’exclusion des groupes armés, compliquent les perspectives de rapprochement.
Le professeur Godefroid Muzalia, membre du groupe de recherche sur les conflits de l’université de Gand, en Belgique, doute des chances de la C64 de réunir les deux anciens partenaires politiques.
» La rencontre du chef de l’État avec les députés de l’Union sacrée est très claire en ce qui concerne la Constitution. Ce qui va sans doute fâcher, parce que la C64 est opposée à la révision de la Constitution. Cela risque de paraître comme un médiateur qui fait partie du combat. Du côté du FRN, il considère que les positions à Kinshasa sont déjà tranchées et que, donc, ça ne sert à rien d’aller vers les négociations. »
Réunis lundi et mardi à Rome, en Italie, les leaders de la C64 ont notamment rejeté toute modification de la Constitution en vigueur et ont condamné la prise du pouvoir par les armes.
Une déclaration survenue après la création, par l’ancien président Joseph Kabila, du Front pour la refondation de la nation, un mouvement politico-militaire.
