En évoquant le parcours de Modibo Keïta, l’actuel ministre malien des Affaires étrangères a donné l’impression de dévaloriser l’héritage du premier président du Mali indépendant. Abdoulaye Diop a dû clarifier ses propos.
Après l’indignation rapide d’internautes anonymes, de personnalités politiques et de responsables d’associations de défense de la mémoire du père de la nation, des historiens ont tenu à mettre les points universitaires sur les “i” historiques. Même issu du milieu enseignant, Modibo Keïta a occupé bien des postes à caractère politique, avant de se retrouver au sommet de l’État, en 1960, puis d’être renversé par un coup d’État militaire en 1968. Il fut député à l’Assemblée nationale française, secrétaire d’État dans un gouvernement de la IVe République et chef du gouvernement de la Fédération du Mali.
Nationaliste et panafricaniste
Si les expériences politiciennes hexagonales peuvent ne pas plaire aux néosouverainistes maliens du XXIe siècle, l’héritage de Keïta est largement reconnu comme un patrimoine en matière d’engagement socialiste, patriotique et même panafricaniste en faveur de l’unité africaine, notamment dans le cadre de la fondation de l’Union soudanaise-RDA.
L’actuel ministre malien des Affaires étrangères a jugé bon de rétropédaler – ou de reformuler, c’est selon – en affirmant qu’il n’avait pas eu l’intention de dévaloriser Modibo Keïta. Assurant considérer positivement l’héritage de ce dernier, Abdoulaye Diop a publié une mise au point sur les réseaux sociaux, à grand renfort de « profond respect » pour cette « figure emblématique » de l’indépendance et ce « modèle d’intégrité, d’engagement patriotique et de clairvoyance ».
« Source d’inspiration constante »
L’allusion au métier d’instituteur aurait été une manière de « magnifier le modèle de réussite » qu’incarne le père de la nation, « dans le contexte des défis contemporains du leadership africain ». Et Diop d’enfoncer le clou en qualifiant Modibo Keïta de « source d’inspiration constante dans la défense de la souveraineté et de la dignité du Mali ».
L’honneur est-il sauf ? Les moins tentés par la controverse soulignent la nécessité de ne pas allumer de polémiques nationales à l’étranger. En effet, c’est au Lomé Peace and Security Forum, auquel il participait aux côtés de ses homologues burkinabè et nigérien, que le ministre malien des Affaires étrangères s’est laissé aller à cette évocation polémique.
