Mali : le Premier ministre qualifie le blocus sur le carburant de «tentative de déstabilisation du pays ».
Au Mali, le ton du général de Division Abdoulaye Maïga, qui fait office de premier ministre, est monté contre l’ampleur de la pénurie de carburant.
En recevant en audience, hier mardi, une délégation du Groupement malien des professionnels du pétrole, il a qualifié le blocus sur l’approvisionnement du pays en hydrocarbures de « tentative de déstabilisation du pays ».
« Ce qui nous arrive est un changement de mode opératoire et une tentative de déstabilisation », a déclaré le chef du gouvernement de la Transition qui recevait à la Primature une délégation du Groupement national des professionnels du pétrole. Une audience qui intervenait à la veille d’un dénouement heureux trouvé entre gouvernement et le Syndicat national des conducteurs routiers (SYNACOR), qui menaçait d’observer une grève suite à une déclaration Aboubacar Sidiki Fomba, membre du conseil national de transition, qui a accusé les conducteurs de citernes de simuler les pannes dans la brousse pour livrer du carburant aux groupes terroristes. Suite à la suspension de grève, le Premier ministre a reçu ce groupement d’opérateurs économiques pétroliers pour réitérer « la solidarité » du gouvernement. Ces pétroliers maliens paient une lourde tribu depuis le blocus imposé par les groupes armés sur l’approvisionnement de certaines villes en hydrocarbures. «Restez convaincus qu’il n’y a pas de point de divergence. Vos problèmes sont nos problèmes », a déclaré le général de division Abdoulaye Maïga, qui rassure toujours de l’engagement du gouvernement à faire le nécessaire pour que l’économie tourne.
Rembourser les dommages causés
Pour sa part, la délégation du Groupement malien des professionnels du pétrole (GMPP) a, au cours des échanges, formulé des préoccupations et des propositions concrètes. Alors qu’ils perdent beaucoup de citernes sur les routes, ces opérateurs demandent au gouvernement de renforcer la sécurité des véhicules et des chauffeurs, de prendre en charge les dommages causés et d’assurer la continuité des activités. Le président du groupement, Ibrahim Touré, a exhorté ses collaborateurs à la résilience tout en restant derrière les décisions des autorités de la Transition.
Le Mali fait maintenant face à l’une des pires crises de pénurie de carburant ces trente dernières années. La pénurie et l’indisponibilité des hydrocarbures dans les stations-service deviennent quasi quotidiennes. Pendant deux semaines consécutives, les longues files d’attente d’engins à deux roues et de véhicules sont constamment constatées devant les stations-service, paralysant la circulation. La situation n’est pas sans impact sur l’activité économique du pays. Par manque de carburant, beaucoup de travailleurs privés ou publics qui font tourner l’économie commencent à ne pas se présenter régulièrement au bureau.
La crise de carburant est née du blocus créé par les groupes armés terroristes du JNIMA qui, à travers son porte-parole Al Bambari Bina Diarra, a annoncé les embuscades contre les citernes qui approvisionnent les grandes villes en hydrocarbures.
Lors d’une rencontre à la Primature avec le patronat malien, le général de division Abdoulaye Maïga avait écarté toute tentative de concession de l’État face à la menace des groupes armés terroristes en déclarant que « même s’il faut aller chercher le carburant à pied ou avec la cuillère, nous irions le chercher ».
Aujourd’hui, la pénurie semble contredire toutes les prévisions, notamment celle du directeur général adjoint du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence, qui avait également qualifié cette crise de « passagère », en affirmant que dans les prochains jours « la situation s’améliorera avec les efforts des autorités de la Transition ». Loin de s’améliorer, la pénurie de carburant est en train de s’installer et de créer d’autres pénuries, notamment l’approvisionnement de la capitale en charbon et en gaz butane. Les prix de ces deux produits ont pris de l’ascenseur. Le prix du sac de charbon a atteint les 7000 et 8000 FCFA dans certains quartiers et la bonbonne de gaz est cédée à près de 10 000FCFA voire plus.
