Coupées en partie de leurs partenaires traditionnels, sanctionnées ou en confrontation diplomatique avec plusieurs organisations régionales, les pays de l’AES doivent composer avec une équation financière de plus en plus délicate : financer la sécurité, tout en maintenant un minimum de services sociaux pour les populations.
En apparence, certains signaux montrent encore une capacité d’accès aux ressources extérieures. Les pays concernés ont récemment bénéficié de prêts du FMI et continuent d’émettre des emprunts obligataires sur les marchés régionaux.
Cette dynamique permet de contenir temporairement la crise de liquidités, mais elle révèle également une dépendance accrue à l’endettement, dans un contexte de faible croissance et d’écosystèmes économiques désorganisés.
« Ces États ne sont pas dans l’agonie, mais ils sont réellement à la recherche de leur indépendance et de leur souveraineté », affirme l’économiste nigérien, Hamidou Diallo qui soutient la ligne défendue par les autorités militaires.
Les signes de stress budgétaire
Pourtant, sur le terrain, les signes de stress budgétaire se multiplient. Le Niger a instauré une contribution volontaire de 100 francs CFA dans les écoles, récemment élargie à certaines transactions pour « soutenir la patrie ».
Une mesure symbolique, mais révélatrice : l’État peine à dégager des marges fiscales suffisantes, notamment avec la contraction des échanges provoquée par les sanctions et par l’incertitude politique et sécuritaire.
Au Burkina Faso, les autorités ont demandé aux parents d’élèves de contribuer aux frais de fonctionnement des établissements scolaires – une décision inédite dans un pays où l’école publique, déjà fragile, dépend largement du budget de l’État.
Si les ménages les plus pauvres et les familles déplacées sont exemptés de cette contribution, la mesure reste un aveu implicite de l’épuisement des ressources publiques.
« Il y a un système qui est établi, il est mondial et international. Si vous sortez de là, vous ne pouvez pas crier dans l’euphorie, on a gagné, parce que les réalités de nos économies sont totalement différentes des réalités d’une révolution », a expliqué l’économiste ivoirien, Sylvain Kocoin.
Le prix de la sécurité
Dans les trois pays, des informations concordantes font état de difficultés récurrentes à assurer le paiement ponctuel des salaires des fonctionnaires, un poste qui absorbe en moyenne plus de 30 % des dépenses publiques.
Le maintien des forces armées sur plusieurs fronts sécuritaires, la lutte contre les groupes djihadistes et l’extension de zones à sécuriser constituent des charges financières exponentielles qui grignotent les crédits destinés au développement, à l’éducation et à la santé.
Le retrait ou la réduction de l’aide extérieure occidentale, longtemps pilier budgétaire, aggrave la pression. Les nouvelles alliances avec la Russie n’apportent, pour l’instant, qu’un soutien fragmenté, parfois militaire ou stratégique, rarement financier et en tout cas pas à la hauteur des besoins.
L’intégration récente du Burkina Faso, du Mali et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) se veut une réponse souverainiste, mais elle ne constitue pas encore une base économique solide.
