Le commandant Amadou Torda et ses hommes sont désormais libres. Ils étaient détenus depuis seize mois par le Front patriotique pour la justice, un groupe armé créé dans la foulée du coup d’État mené par Abdourahamane Tiani, qui réclame notamment la remise en liberté de l’ancien président Mohamed Bazoum.
Les faits. La vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 23 octobre ne dure que vingt-huit secondes. On y voit cinq hommes, en civil, décliner leur identité. Tous sont des militaires : le commandant Amadou Torda et quatre de ses hommes. Enlevés en juin 2024 par le Front patriotique pour la justice (FPJ), l’officier nigérien et ses hommes apparaissent libres, et apparemment en bonne santé. Ils ne donnent cependant aucune indication sur le lieu où les images ont été tournées, ni sur la date de l’enregistrement. Selon nos informations, ils ont recouvré la liberté le 21 octobre.
Plusieurs sources nigériennes contactées par Jeune Afrique affirment qu’ils se trouvent actuellement en Libye, dans une zone frontalière avec le Niger. Cette information semble confirmée par une autre vidéo, diffusée vendredi 24 octobre au soir dans plusieurs boucles WhatsApp, où l’on voit les ex-otages descendre d’un avion militaire sur le tarmac d’un aérodrome présenté comme appartenant à une base du maréchal Haftar, à Al Qatrun, dans le sud de la Libye.
Pour l’heure, on ignore encore les détails de leur libération. Ni la junte nigérienne, dirigée par le général Abdourahamane Tiani, ni le FPJ, créé au lendemain du coup d’État de juillet 2023 par Mahamat Tori, n’ont commenté publiquement la diffusion de ces images.
Le contexte. Dans les semaines qui ont suivi le coup d’État ayant conduit à la chute de Mohamed Bazoum, deux groupes politico-militaires qui se revendiquent du président déchu ont été créés : le FPJ, dirigé par Mahamat Tori, et le Front patriotique pour la libération (FPL), mené par Mahmoud Sallah.
Le FPJ, jusqu’alors inconnu du grand public, fait son premier coup d’éclat le 21 juin 2024, en revendiquant l’enlèvement du commandant Amadou Torda, nommé quelques mois plus tôt préfet de Bilma. Le rapt a été mené lors d’un raid à Dirkou, dans le nord-est du pays, lors duquel deux soldats nigériens et l’un des membres du groupe armé ont été tués.
Les otages sont apparus un mois plus tard dans une vidéo dans laquelle ils demandaient aux « militaires au pouvoir » de « penser à eux ». Quant au FPJ, il réclamait la libération de Mohamed Bazoum et le retour immédiat à l’ordre constitutionnel en échange de la remise en liberté des otages.
Une ligne identique à celle du FPL de Mahmoud Sallah, qui a notamment saboté un pipeline de la société chinoise Wapco, le 16 juin 2024. Mais le rebelle nigérien, déchu de sa nationalité par la junte, a été arrêté en février dernier en Libye par les hommes du maréchal Khalifa Haftar.
Pourquoi c’est important. Le flou qui entoure les conditions de la libération d’Amadou Torba et ses hommes soulève de nombreuses interrogations. L’une des pistes évoquées est celle d’une négociation entre la junte nigérienne et le FPJ. C’est la thèse privilégiée par un élu local contacté par Jeune Afrique, qui juge que le fait que la vidéo montre les désormais ex-otages en bonne santé et sans escorte accrédite la version d’une libération négociée. Une autre, défendue entre autres sur les réseaux sociaux par des soutiens de la junte de Tiani, est que leur libération serait le fruit d’une évasion.
Les autorités nigériennes, qui n’avaient pas commenté l’enlèvement du préfet, en 2024, n’ont pas plus réagi à l’annonce de sa remise en liberté. Si la thèse d’une négociation devait se confirmer, elle marquerait une rupture dans la position jusque-là observée par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) : le refus de toute négociation avec des groupes armés.
Le département de Bilma, riche en ressources naturelles, est d’une importance capitale pour le Niger. Situé dans l’extrême nord-est, il est un carrefour stratégique, partageant des frontières avec l’Algérie, la Libye et le Tchad. Cette position géographique en fait une zone privilégiée pour les trafics, notamment de stupéfiants, et pour l’orpaillage illégal. Le chef du FPJ était déjà soupçonné avant le coup d’État de juillet 2023 d’avoir des liens avec ces activités de contrebande.
Selon l’élu local cité précédemment, l’ouverture de négociations avec le groupe de Mahamat Tori « permettrait au général Tiani, déjà confronté à une situation sécuritaire précaire dans la région de Tillabéri, d’éviter l’ouverture d’un front supplémentaire ».
