À moins de six mois de la présidentielle béninoise de 2026, l’horizon politique s’assombrit brutalement pour l’opposition. Lundi soir, la Cour constitutionnelle de Cotonou a définitivement écarté la candidature de Renaud Agbodjo, l’avocat désigné par le principal parti d’opposition Les Démocrates, pour « insuffisance de parrainages valides ». La défection décisive du député de Porto-Novo, Michel Sodjinou, qui avait refusé de parrainer le candidat officiel puis demandé le retrait de sa signature, a scellé le sort du duo. La Cour a confirmé que la Commission électorale nationale autonome (Cena) avait agi « à bon droit » et que la loi, exigeant un minimum de 28 signatures, n’avait été violée ni dans l’esprit ni dans la lettre.
Le recours introduit par Les Démocrates ayant été rejeté et aucune intention d’engager un bras de fer n’étant visible, l’opposition radicale se retrouve hors jeu, offrant au camp présidentiel, porté par Romuald Wadagni, actuel ministre de l’Économie et proche du président Talon, une position quasi hégémonique. « L’opposition n’est présente dans aucune institution qui organise les élections. Seule la mouvance présidentielle contrôle tout. Et pourtant, en 2026, il y aura une révolution électorale. Les Béninois sortiront massivement pour voter contre la gouvernance de 2016 à 2026 », affirme encore Moïse Montcho, cadre du parti. Ces derniers jours, le climat politique s’est tendu à Cotonou : côté opposition, c’est la stupeur et l’incompréhension. Cette décision surprise rappelle douloureusement 2021, lorsque Les Démocrates s’étaient déjà retrouvés hors jeu et que leur candidate, Reckya Madougou, avait été emprisonnée à vingt ans de prison pour « terrorisme » après des semaines de tensions dans le pays.
La fragilité de l’opposition exposée
Sur les cinq duos déposés à la Commission électorale, seuls deux ont été provisoirement retenus : le duo présidentiel Romuald Wadagni-Mariam Chabi Talata Zimé, et celui de l’opposition modérée que représente Paul Hounkpè-Rock Judicaël Hounwanou, pour Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE). Face à cette machine présidentielle déjà en campagne, le principal parti d’opposition, Les Démocrates, tente de se recomposer et de concentrer ses forces sur les élections communales et législatives de janvier 2026, seul espace où il peut encore peser.
Pour Achile Hounwanou, consultant politique, le constat est brutal : « L’opposition n’est pas prête pour ces élections. Structuration, organisation, collecte de fonds? tout est insuffisant. » Le piège des parrainages, inscrit dans le nouveau code électoral, l’a cruellement démontré : 28 signatures sont désormais requises pour valider une candidature présidentielle ? exactement ce que disposaient Les Démocrates. La défection d’un seul député, Michel Sodjinou, a suffi à invalider le duo Agbodjo-Hounwanou. « Avec 27 parrains, le parti se retrouve disqualifié. La loi semble taillée pour favoriser la majorité présidentielle », analyse Hounwanou.
Cette fragilité structurelle impose à l’opposition un repli stratégique : concentrer ses ressources sur les élections locales et législatives, seul domaine où elle peut encore faire entendre sa voix. Mais la leçon est sans appel : dans un système électoral verrouillé, tout faux pas ou division interne peut coûter cher.
Le paysage politique béninois se polarise de plus en plus : d’un côté, la majorité présidentielle ; de l’autre, un principal parti d’opposition affaibli par l’exil et l’empêchement judiciaire de ses figures clés. « Cette fragilité complique la mobilisation des électeurs et la cohérence des stratégies alternatives », souligne Idrissou Adou, juriste. Certains observateurs misaient sur la rencontre du 24 octobre entre Patrice Talon et Thomas Boni Yayi pour trouver un compromis, mais la décision finale du Conseil constitutionnel a clos toute possibilité de recours.
« À voir l’évolution actuelle, les chances de l’opposition radicale de participer pleinement à la présidentielle du 12 avril 2026 sont minces », renchérit Achile Hounwanou.
Vers un scrutin présidentiel sans grand enjeu
Sur le terrain, l’opposition se retrouve désarmée face à une majorité qui capitalise sur un bilan économique solide, mais fragile, marqué par la flambée du coût de la vie et l’insécurité dans le nord du pays. L’économie béninoise affiche une croissance robuste : 7,5 % au premier semestre 2025 selon la Banque mondiale, et 7,6 % au deuxième trimestre, selon l’Institut national de la statistique et de la démographie.
« L’humilité du candidat de la mouvance présidentielle joue en sa faveur. Lors de son discours d’investiture, il a reconnu que, malgré les progrès économiques, de nombreux défis restent à relever pour améliorer le quotidien des Béninois. Sous sa gouvernance, le Bénin est classé depuis 2019 parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et figure parmi les sept pays africains du top 10 mondial des économies à plus forte croissance en 2024 », souligne Adrien Houeto, analyste économique. Une performance éclatante, mais ternie par une inflation qui a bondi de 1,30 % en mars 2025 à 2,30 % en septembre dernier.
