Au deuxième jour du Mining Indaba, les participants ont échangé mardi (10.02) sur les minerais critiques en Afrique. Le Mining Indaba est le plus grand rendez-vous du secteur minier en Afrique. Cela se passe en Afrique du Sud. Depuis hier jusqu’à jeudi, les invités échangent autour du partenariat. Car en la matière, la coopération entre les pays africains est plutôt absente.
A l’image de deux projets phares. D’abord l’uranium nigérien qui passait par le Bénin pour être exporté. C’est le géant français Orano qui pilotait ce projet, l’uranium était exporté en France. Depuis le putsch au Niger et les tensions entre Paris et Niamey,le projet est à l’arrêt. Autre projet, à des milliers de kilomètres plus au Sud, c’est le corridor de Lobito.
Les Etats africains sont sans ressources financières
Trois pays pour coopérer : la RDC, la Zambie et l’Angola, en vue de l’exportation, via les rails, de minerais stratégiques. Mais là aussi, avec le financement de l’Union européenne et des Etats-Unis. Car ce qui empêche toute coopération entre pays, ce sont les ressources financières.
George Mukuli, expert congolais du domaine minier, estime sur la DW que « souvent, les financements viennent de pays étrangers, des banques ou des compagnies multinationales ».
Deuxième obstacle, la confiance réciproque. On peut aussi ajouter les questions de gouvernance réciproque, parce que tel pays peut avoir une bonne gouvernance, l’autre une mauvaise. Il faut aussi harmoniser les législations. Mais le facteur principal, c’est le financement. On peut avoir de bonnes idées sans que deux pays africains aient les ressources financières.
En août 2008, l’Union africaine a élaboré la vision du régime minier de l’Afrique à l’horizon 2050. Le document précise que la mise en œuvre sera progressive et tiendra compte du contexte local et des spécificités. Il est aussi difficile d’harmoniser les textes à cause de la barrière linguistique et les codes miniers ne sont pas toujours les mêmes.
Djimadoum Nabantigar, géologue et expert des questions minières, constate sur la DW qu’”au niveau de l’Afrique, vous avez plusieurs zones et avec des spécificités à tel niveau qu’il est difficile de parler le même langage ».
« Les partenaires viennent vers nous de manière assez unilatérale et nous subissons leurs choix. La prise de conscience est là, mais de façon réelle, il n’y a pas de partenariat qui fonctionne. »
Des pistes de coopération
Pourtant, il y a des moyens de coopérer, notamment entre pays voisins. C’est le cas du Sénégal et de la Guinée, respectivement dans l’exploitation de l’or et de la bauxite, ou encore de la Côte d’Ivoire et du Ghana, ainsi qu’au sein des pays de l’AES pour l’exploitation aurifère. Autre exemple, l’exploitation du gaz naturel entre la RDC et le Rwanda, malgré les accusations portées contre Kigali de pillage des ressources congolaises en lien avec les rebelles du M23.
L’expert George Mukuli souligne toutefois la bonne coopération entre Lusaka et Kinshasa.
« On peut voir par exemple avec cette question de minerais stratégiques, voir la Zambie et la RDC initier des projets pour avoir une chaîne de valeurs communes de fabrication de batteries électriques. »
Le projet est palpable, insiste George Mukuli.
A la veille de l’ouverture du Mining Indaba en Afrique du Sud, des délégations du Botswana et de la Zambie se sont rencontrées pour parler coopération et intégration. Les deux pays miniers voisins ont appelé à une coopération plus étroite, par exemple dans la transformation sur place, l’un des défis majeurs en Afrique.
